Economie

« Après un an et demi de crise sanitaire, le paysage immobilier français est plus que jamais fracturé et inégal »

Tribune. Dans le cadre de l’examen du projet de loi relatif à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration (3DS), le Sénat a adopté la prolongation du dispositif Solidarité et renouvellement urbain (SRU) jusqu’en 2025 et d’autres amendements visant à assouplir les obligations des communes. Ce projet de loi, voté mardi 21 juillet, remet l’accès au logement au cœur des discussions.

Après un an et demi de crise sanitaire, le paysage immobilier français est plus que jamais fracturé et inégal. Dès 2019, en un an seulement, une partie des Français a entièrement redessiné la cartographie immobilière. L’une des causes est le télétravail, qui a atomisé le marché en accélérant les migrations. Jamais un tel bouleversement ne s’était opéré à vue d’œil de manière aussi significative.

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Les contrées plus vertes, villes moyennes ou villages, n’ont jamais autant attiré les Français à la recherche d’un mode de vie plus « doux ». Ces derniers ont réussi l’exploit de rééquilibrer, un peu, le marché immobilier. En plein confinement, les cadres dont la fonction permettait de travailler à distance ont tout à coup eu l’opportunité de créer de nouveaux projets immobiliers.

Une modification des usages de l’habitat

Certains ont profité de cette mobilité pour s’installer au vert à temps plein. D’autres ont adopté la bi-résidence, compromis idéal entre l’expérience de la campagne et son pied-à-terre citadin. Du grand luxe ! Bonne nouvelle pour les marchés secondaires qui ont repris des couleurs, profitant de cette nouvelle dynamique.

De manière plus globale, nous assistons à une modification des usages et de la consommation de l’habitat : le cycle immobilier pourrait se raccourcir (passant de 7/8 ans à 4/5 ans), au même rythme que celui des carrières. L’immobilier reste un engagement fort, mais correspond aujourd’hui plus à un « moment de vie » qu’à un « projet de vie ». Les citadins ne craignent plus de sauter le pas, avec la possibilité d’un retour en arrière.

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Cette embellie n’est cependant que la partie visible de l’iceberg. Sur ces marchés moins tendus, seuls les profils ayant les ressources matérielles et financières suffisantes ont pu choisir de changer de cadre de vie. L’éloignement, ici, n’est pas une mise à la marge dans les périphéries par souci économique, mais une décision consentie.

Les collectivités doivent pérenniser l’attractivité de leur territoire

Ce qui peut créer des effets pervers. Ne reproduisons pas sur ces nouveaux marchés l’effet Paris-Côte Ouest, où l’afflux massif d’acquéreurs a fait rapidement monter les prix. Le risque est mesurable : si la fracture immobilière se déporte et s’accroît, les habitants locaux, au pouvoir d’achat plus limité, verront leur accès au logement se dégrader. Même si, mécaniquement, le prix de leur bien augmentera, leurs ressources financières plus faibles ne leur permettront pas toujours de retrouver un autre bien correspondant à leurs attentes.

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