Economie

Sur la presqu’île de Crozon, une drôle de guerre pour la préservation du littoral

Touristes surplombant la plage sauvage de l’ile vierge sur la presqu’île de Crozon (Finistère), en août 2019.

La voilà donc, l’île de la tentation. Un bout de Corse sur l’Atlantique, roche blanche, sol jonché d’épines de pins maritimes et, en contrebas, une plage de fins galets blancs et d’eau turquoise. Une anse de pierre ouvre sur une cavité qui doit avoir vu passer des générations de jeunes explorateurs. La plage de l’île Vierge, sur la presqu’île de Crozon (Finistère), est miraculeuse et vide. Un samedi de juillet. Ce n’est pas qu’elle soit secrète ; c’est que l’accès y est interdit depuis mai 2020.

Trop fréquentée, trop dangereuse, a jugé la mairie de Crozon. Au printemps, la falaise, qui s’effrite sous l’effet d’une érosion accélérée par les pas des randonneurs, s’est délestée de quelques tonnes de grès. Il n’en faudrait pas tant pour tuer un plagiste. Pour y descendre, il faut emprunter un toboggan sinueux creusé dans la paroi rocheuse. Toute la presqu’île s’y est râpé les fesses. Cette arrivée périlleuse par temps humide – ce qui arrive ici – donnait à l’affaire un goût d’aventure. C’est encore plus vrai maintenant qu’elle est interdite.

Sur les pins maritimes, en vue de l’été, un agent a planté des panneaux jaunes mentionnant l’arrêté municipal numéro 305-2021 du 10 mai 2021. D’autres plus haut, sur le sentier côtier qui fait partie du GR 34 : « Accès interdit aux grèves de l’île Vierge. » Traduit en breton, en allemand, en anglais. La plage, parfaitement « instagrammable », a été classée en 2014 parmi les plus belles plages d’Europe par European Best Destinations, une organisation basée à Bruxelles. Puis le journal quotidien britannique The Guardian a cité celle de Morgat, juste à côté. Et le déferlement a commencé.

Plus de PV que de chichis

Avant de nous recevoir, Didier Cadiou, chargé de la protection des espaces naturels de la presqu’île, est passé au kiosque : la plage et ses eaux turquoises figuraient en « une » des numéros estivaux de Bretagne Magazine et Détours en France. « Toute la Bretagne fait sa promo sur une photo de l’île Vierge… sauf qu’on ne maîtrise pas cette communication. » Ce que Didier Cadiou maîtrise, c’est la loi littoral, appliquée de manière particulièrement stricte sur la presqu’île. Et le planté de piquet, pour installer une clôture qui finit de dissuader les prétendants.

Si on n’a pas vu, c’est qu’on n’a pas voulu voir. Il y en a, des aveugles, sur ce sentier pourtant jonché de racines et de pierres qui roulent. Voilà une mère et sa fille. Le garde les alpague d’une voix forte, avec l’autorité que lui confère le petit blason « police » cousu sur la poitrine – même si, policier de l’environnement, il n’est pas doté d’un pouvoir de verbalisation.

Il vous reste 62.77% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page