Politiques

“On a voulu battre en brèche l’idée que ce serait nécessairement un enfer”

“Je ne dirais pas du tout que Matignon est un enfer, ça peut être un plaisir”, a affirmé Edouard Philippe, vendredi 23 juillet sur franceinfo, en marge des Napoléons, un forum de discussion sur l’actualité qui se tient à Arles (Bouches-du-Rhône). Aux côtés de Gilles Boyer, ex-conseiller de l’ancien Premier ministre, il revient sur ses trois années à Matignon qu’il raconte dans son livre Impressions et lignes claires.

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franceinfo : Est-ce qu’à travers ce livre, vous souhaitez raconter à quel point la politique à Matignon a été un plaisir ?

Edouard Philippe : En tout cas, on a voulu très clairement battre en brèche l’idée que ce serait nécessairement un enfer. L’expression est connue parce qu’elle résulte d’un livre, puis d’un documentaire, qui ont été réalisé il y a quelques années et qui décrivent Matignon comme l’enfer de Matignon. Moi, je n’ai pas du tout ce sentiment-là. Il y a des moments très durs et il y a une complexité considérable.

On a souvent l’occasion de se rater et en général, quand on se rate, ça se voit. Mais je ne dirais pas du tout que c’est un enfer. Oui, ça peut être un plaisir, d’abord parce que c’est un honneur d’avoir la possibilité de participer à la gestion des affaires de son pays, avoir une part de la responsabilité de la conduite des affaires de l’État. C’est un honneur extraordinaire quand on aime son pays, quand on a envie de le servir. La deuxième chose, c’est que vous choisissez. Alors, évidemment, le président de la République vous choisit pour être ministre, enfin, vous n’êtes jamais obligé de dire oui.

“Si c’était un enfer, ce serait un enfer choisi, ce qui est déjà moins un enfer, il faut bien le reconnaître.”

Edouard Philippe

à franceinfo

Et puis, vous avez l’occasion de rencontrer des femmes et des hommes formidables qui servent leur pays, qui essaient de faire avancer les dossiers. Vous êtes au milieu de contradictions, vous êtes au milieu de difficultés, bien entendu, mais vous pouvez tous les jours toucher du doigt à la fois le ressort de la France et le ressort des Français. Et vous savez, les mots ont un sens : je connais des gens au Havre qui se lèvent à 4 heures le matin pour aller nettoyer des sols industriels dans la zone portuaire, qui le font tous les jours, qui le font parfois sans perspective de changer de travail. Ça me paraît infiniment plus dur et infiniment plus “infernal” que la chance de pouvoir travailler à Matignon.

franceinfo : Y a-t-il un moment, particulièrement, qui a été le plus agréable de ces 1 145 jours à Matignon ?

Gilles Boyer : Je ne sais pas si on peut dire qu’on est là pour se faire plaisir. Le jour de l’arrivée était évidemment important. Le jour du départ est aussi très touchant. Entre les deux, il s’est passé un certain nombre de choses avec à la fin, on peut quand même dire, plus de mauvaises nouvelles que de bonnes. Mais ce qu’on a voulu faire dans ce livre, c’est aussi retracer les impressions qu’on retire.

Ça peut être des moments très fugaces, des rencontres, des personnalités que nous n’aurions pas rencontrées sans cette fonction. C’est plutôt une impression globale que j’en garde, mais je dois dire que la journée du départ, la journée du 3 juillet 2020, où on se dit que c’est dommage que ça s’arrête parce qu’il y avait autour d’Edouard une équipe extrêmement soudée… C’était une journée très touchante et très émouvante.

Edouard Philippe : La caractéristique de Matignon, c’est qu’il y a souvent des choses agréables. Pas toujours : il y a souvent des choses très désagréables, très dures, mais il peut arriver qu’il y ait des choses agréables, des moments de grâce, des moments de rencontres humaines extraordinaires, parfois même rarement des succès, ça peut arriver. La caractéristique, c’est qu’il faut en profiter très rapidement, parce que ça ne dure pas et que très vite, un autre problème arrive, un nouveau problème arrive. Un nouveau questionnement. Quand c’est agréable, c’est intense.

franceinfo : Dans ce livre, vous citez beaucoup la peste de Marseille en 1720, au moment où vous êtes happé par la crise du Covid-19 en France. Est-ce que ça permet de s’échapper du quotidien pour essayer de trouver des lignes directrices ?

Edouard Philippe : La question que vous posez, c’est la question de la culture générale que vous avez au fond de vous-même, et est-ce qu’elle vous sert à gouverner, et ce n’est pas une question si simple. J’ai toujours considéré que ce que je savais de l’Histoire et la passion que je peux avoir pour telle ou telle période de l’Histoire et de l’appétit que j’ai pour la lecture des livres d’histoire ou de la littérature, j’ai toujours trouvé que c’était une carte, cela vous permet de mettre en perspective les choses.

“Ce n’est pas parce que vous avez une carte que vous savez où il faut aller et que vous prenez les bonnes décisions, mais enfin, au moins, vous avez une carte. Après, on ne gère pas l’arrivée du Covid-19 en se référant à la crise sanitaire de 1720, ça c’est sûr.”

Edouard Philippe

à franceinfo

franceinfo : Il y a un long chapitre dans votre livre qui s’appelle “les raisins de la colère” où vous racontez la naissance des “gilets jaunes”. Avec les manifestations contre le pass sanitaire, avez-vous l’impression de voir revenir quelque chose ?

Gilles Boyer : Dans l’histoire de France, il y a eu, on le rappelle dans le livre, des moments de fronde, des moments de rébellion avec des ressorts totalement différents. Et le peuple français est un peuple frondeur. On le sait. On peut aussi noter que depuis un an et demi, l’ensemble des mesures qui ont été mises en place, restreignant un peu la liberté de chacun pour préserver au fond la liberté de tous, ont été globalement respectées avec beaucoup de discipline. Donc, il faut toujours être vigilant, mais les gilets jaunes nous ont appris que ce genre de mouvement ne naissait jamais là où on le pensait et au moment où on le pensait et que, par définition, la définition de ces mouvements sociaux, comme on les appelle, qui vont bien au-delà, c’est leur imprévisibilité. Et le prochain mouvement aura probablement des caractéristiques très différentes du précédent. Parce que le précédent, on commence à le connaître alors que le suivant.

Edouard Philippe : Il faut faire très attention à ce qu’on voit et à ce qu’on entend. Et il ne faut jamais oublier ce que l’on n’entend pas. Ce que l’on n’entend pas, c’est qu’on a quasiment 40 millions de Français qui sont vaccinés en première dose, c’est-à-dire qu’en réalité, on vaccine massivement en France dans une organisation logistique qui est bonne. Et cette réalité-là est massive et presque invisible et inaudible. Ce qui est vrai, c’est que ce qu’on entend existe aussi et il ne faut absolument pas le négliger, mais beaucoup plus limité dans sa réalité que ceux qui ne se voit pas. Et il faut garder un ordre de proportion. Une fois que j’ai dit ça, est-ce que ça m’inquiète ? Je pense que tous les responsables politiques suivent avec beaucoup d’attention et probablement avec beaucoup de concentration cette résurgence que certains disent irrationnels, que d’autres disent obscurantistes, que moi je ne qualifie pas. Je vois des gens qui sont parfois des gens que j’aime beaucoup et que je respecte beaucoup et qui ont une vraie angoisse vis-à-vis du vaccin. Et parfois, leurs arguments paraissent entendables, parfois, ils me surprennent parce que je ne comprends pas ces arguments, mais c’est la vie.

“Il faut bien entendre ce qui s’exprime et je pense qu’il faut faire le plus longtemps possible de la pédagogie pour montrer les chiffres, pour montrer qu’aujourd’hui, ceux qui sont atteints de formes graves du Covid-19 sont des gens qui ne sont pas vaccinés et que la vaccination, ça fonctionne, ça marche, c’est sans danger.”

Edouard Philippe

à franceinfo

Je crois qu’il faut le dire, qu’il faut le montrer, qu’il faut le démontrer avant de passer à des formes qui sont peut-être plus coercitives ou en tout cas plus obligatoires de la vaccination, comme cela existe déjà. La vaccination obligatoire, c’est un vieux principe de santé publique, ça existe, on le fait sur les nourrissons et l’humanité ne s’en porte que mieux. On ne va pas s’excuser du fait que l’humanité a réussi à mettre au point des vaccins pour la sauver de maladies terrifiantes. Donc, il faut le rappeler.




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