Technologie

Pourquoi Google peine tant à remplacer les SMS par le RCS ? Et pourquoi Apple peut-il l’aider ?

Depuis toujours, Android souffre d’un problème de fragmentation. Puisque les constructeurs et les opérateurs peuvent modifier le système d’exploitation à leur guise, Google n’a jamais vraiment réussi à faire de ses services des incontournables pour l’intégralité des utilisateurs.
L’exemple le plus flagrant est celui de la messagerie où, face à Apple et ses iMessage, Google donne l’impression d’être coincé sur une barque au milieu de l’océan. L’entreprise a lancé de nombreux logiciels différents, a espéré en faire des applications de référence, mais peine toujours à rivaliser face à WhatsApp, Facebook Messenger, Telegram, Signal, WeChat, Snapchat, Instagram ou encore face aux bons vieux SMS, qui ne veulent pas s’en aller. Il n’y a pas d’application de messagerie universelle sur Android, au plus grand malheur de son créateur. 

Un standard pour un socle universel ?

Conscient qu’il est trop tard pour rattraper WhatsApp ou Messenger, Google a changé de stratégie il y a quelques années. Le géant du Web souhaite désormais tuer le bon vieux SMS, obsolète et peu sécurisé, en le remplaçant par un standard nommé RCS, pour Rich Communication Services, intégré sous l’appellation fonctionnalités de Chat dans son univers.
Un standard dont il n’est pas le père mais plutôt un fidèle défenseur. Le RCS a, en effet, été en développement à partir de 2007, pour n’être finalisé qu’en 2016 par la GSMA, dont le manque de motivation laisse perplexe. Il faut attendre 2018 pour que Google s’en empare avec conviction et commence à s’en faire le porte-voix.

Distribués en IP, et donc indépendants des réseaux commutés 2G/3G, et même du protocole SMSoIP de la 4G et de la 5G, ce qui est parfait du poids de vue d’un géant du Net, les messages RCS peuvent contenir bien plus d’informations que les SMS/MMS. Ils permettent d’échanger des images en haute résolution, des vidéos et des indicateurs comme l’heure de lecture d’un message ou, comme sur iMessage, le fait que votre correspondant est en train d’écrire.
Le RCS a aussi été conçu pour fonctionner en groupe, comme n’importe quelle autre application de messagerie. Son avantage principal, sous Android, est que vous n’avez rien besoin d’installer, puisque Android Messages est là, et compatible.
Pour s’assurer que vos messages sont correctement distribués vos messages sont correctement distribués, « Google utilise des informations telles que votre numéro de téléphone, vos identifiants d’appareil et votre numéro de carte SIM ». Mais tout est transparent pour vous, et ces données ne sont conservées que temporairement.
Autre point fondamental, toutes les conversations sont chiffrées de bout en bout, via la technologie TLS, pour Transport Layer Security.  

Pourtant, malgré l’apport indéniable de ce protocole, malgré le poids de Google, deux ans après son déploiement dans l’application Android Messages, le RCS n’est toujours pas la norme. Comment expliquer cette lenteur ? 

Trop de partenaires à convaincre 

Comme nous le disions en introduction, les difficultés de Google sont dues à la fragmentation d’Android. Initialement, Google avait demandé aux opérateurs de mettre en place leurs propres serveurs RCS. L’entreprise a rapidement réalisé que ses partenaires ne comptaient pas jouer le jeu et a décidé de devenir lui même l’intermédiaire par lesquels transitent vos messages.
Seul problème, ses serveurs ne peuvent fonctionner qu’avec Android Messages, sa propre application de messagerie installée normalement sur tous les smartphones Android. 

Le problème est dans le « normalement ». Aux États-Unis particulièrement, les opérateurs préinstallent leurs propres applications de SMS sur les smartphones qu’ils vendent. L’utilisateur a la possibilité d’installer Android Messages et de le configurer par défaut mais, en toute objectivité, imaginez-vous vraiment une grand mère de 80 ans changer son client SMS par défaut pour bénéficier des RCS ?
Autre problème, cette fois-ci mondial, la plupart des constructeurs ont aussi longtemps utilisé leurs propres applications de messagerie, histoire de vendre des services à côté. Samsung, Oppo, OnePlus, Xiaomi, Huawei… tous le font. Android Messages n’a jamais été l’application installée par défaut sur les smartphones des plus grands constructeurs, réduisant les efforts de Google au néant. Autrement dit, même en déployant le RCS lui-même, Google n’a touché qu’une minorité des propriétaires d’un mobile Android. 

La méthode du « forcing » 

Mais les temps changent. Depuis 2020, Google tente d’imposer son application Android Messages… avec étrangement beaucoup de succès. Tous les constructeurs chinois ont renoncé à leur application de messagerie maison et utilisent désormais l’application de Google par défaut. Pour réussir cette prouesse, le papa d’Android a tout simplement revu les termes de son contrat lors de l’utilisation de ses services.
Oppo, Xiaomi et OnePlus ont en quelque sorte été contraints, ce qui est finalement une bonne nouvelle pour les propriétaires de ces smartphones. Malin, Google en a aussi profité pour leur demander de mettre en avant ses autres logiciels comme Duo ou Assistant, désormais affichés en page d’accueil. 

Autre épine dans le pied de Google, les opérateurs. En France, où la plupart des mobiles sont achetés sans engagement, nous sommes épargnés par ce problème (le RCS est déployé chez tous les opérateurs depuis juin 2019). Ailleurs, particulièrement aux États-Unis, la réalité est tout autre. La bonne nouvelle est que Google vient de réussir à convaincre Verizon, le dernier des trois gros opérateurs américains, à le suivre.
Dès 2022, l’opérateur renoncera à son application SMS, comme AT&T et T-Mobile avant lui, ce qui permettra aux propriétaires de smartphones Android aux États-Unis d’échanger entre eux sans SMS. On imagine que Google a sorti le chéquier. 

Le dernier problème de Google s’appelle Samsung, mais les deux entreprises ont presque trouvé un terrain d’entente. Les derniers smartphones de la marque coréenne disposent eux-aussi d’Android Messages mais, étrangement, Samsung Messages est toujours le logiciel choisi par défaut. Au vu du rapprochement entre les deux entreprises, il est probable que Google finisse par convaincre Samsung. Sans le plus gros vendeur de smartphones dans le monde, le RCS ne peut pas devenir la norme. 

Apple a le futur du RCS entre ses mains 

Venons-en à Apple. Avec iMessage, l’entreprise de Tim Cook ne souffre pas des mêmes problèmes que son voisin. À vrai dire, elle a réussi partout où Google a échoué. Tous les utilisateurs d’un iPhone utilisent la même application, passent par sa plate-forme sécurisée et, surtout, sont si satisfaits qu’ils ne veulent pas partir. iMessage est une réussite spectaculaire de par son intégration transparente dans l’écosystème Apple. 

Malheureusement pour Google, le RCS n’a aucune chance de complètement éliminer le SMS sans l’aide d’Apple. Avec 26% de parts de marché en juin 2021 (selon StatCounter), iOS occupe une place beaucoup trop importante sur le marché du smartphone pour être laissé de côté.
Or, Google ne veut pas que le RCS soit le standard de messagerie entre smartphones Android, mais le standard de messagerie tout court. Il lui faut donc convaincre Apple, qui n’est pas forcément connu pour sa grande capacité d’écoute. 

« Dans le futur, l’expérience de messagerie par défaut sur Android sera la plus sécurisée. L’expérience de messagerie sur l’autre plate-forme ne sera pas chiffrée, puisqu’il s’agit toujours de SMS. Je pense qu’il s’agit là d’une dynamique intéressante et j’espère que, dans la mesure où tout le monde se concentre sur la sécurité et la confidentialité, cela deviendra un élément important de la discussion. » déclare Hiroshi Lockheimer, le patron d’Android, à The Verge.

Avec ce genre de déclaration, Google joue la carte de la provocation avec Apple. iOS étant réputé être une plate-forme respectueuse de la vie privée de ses utilisateurs, l’impossibilité d’échanger avec le propriétaire d’un smartphone Android autrement que par le SMS est forcément une épine dans son pied.
Google, qui a indiqué ne pas souhaiter lancer son propre client RCS sur iOS, veut pousser à Apple à adopter le standard dans le futur. Aujourd’hui, rien ne laisse penser qu’Apple va suivre. La carte de la vie privée a beau être dans ses principes, le RCS pourrait faire du mal à iMessage. Même s’il est techniquement envisageable que RCS et iMessage cohabitent, l’un serait utilisé quand les iPhone communiquent avec un smartphone Android, l’autre quand les smartphones d’Apple échangent entre eux. Apple peut-il considérer que seules les conversations entre les propriétaires d’iPhone méritent d’être protégées ? 

A découvrir aussi en vidéo :

C’est difficile à envisager. Car cela reviendrait à dire qu’Apple tolère qu’une part importante des conversations de ses utilisateurs, celles entretenues avec les utilisateurs Android, ne le sont pas. Or, Apple aime pointer du doigt les faiblesses chez ses voisins, mais en l’espèce, il serait la cause de cette faiblesse…
Et puis, récemment, l’ouverture de FaceTime aux utilisateurs Android (et Windows) montre qu’Apple n’est pas reclus, en tout cas pas quand il s’agit d’offrir une meilleure expérience à ses utilisateurs.

Quoi qu’il en soit, même dans l’hypothèse où Apple et Samsung adopteraient pleinement le RCS, le SMS devrait survivre encore longtemps. Même si la plupart des utilisateurs basculeront malgré eux vers le nouveau standard, certains propriétaires d’anciens mobiles continueront de leur côté à passer par les SMS (d’autant plus que des applications de messagerie alternatives continueront d’être proposées sur le Play Store, sans RCS).
Dans d’autres marchés, comme la Chine, Android Messages n’est par exemple pas du tout présent. Là-bas, même si les applications locales comme WeChat dominent, le SMS devrait encore rester puissant.
Bref, même en tant qu’héritier légitime du SMS, le RCS est encore loin de pouvoir tuer son ancêtre. Il devrait néanmoins réussir son pari et devenir majoritaire, mais dans combien de temps ?


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