Economie

« Univers poétique et politique puissant, les gares sont les théâtres de batailles de valeurs »

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Publié aujourd’hui à 01h21

Elle fréquente aussi bien les hubs régionaux que les petites stations de bout de ligne, qui se réveillent avec l’été. Poumons des campagnes et cœur battant des villes, les gares font partie des sujets d’étude auxquels Nacima Baron, géographe au Laboratoire Ville Mobilité Transport (unité mixte de recherche entre l’Ecole des ponts ParisTech et l’université Gustave-Eiffel-Marne-la-Vallée), où elle coordonne la chaire Gare, a consacré une large part de ses travaux. Dans un entretien au Monde, elle en décrypte les enjeux économiques et politiques, et évoque aussi la valeur immatérielle de ces lieux de mémoire intime et partagée, devenus pour certains les théâtres de nouvelles batailles du rail.

La France fut un grand pays de trains, et donc de gares. Comment ce réseau s’est-il organisé ?

Avec la construction progressive des grandes lignes ferroviaires françaises tout au long du XIXsiècle, le nombre de gares, petites et grandes, n’a cessé d’augmenter. Presque aucune zone du territoire national n’était à plus d’une dizaine de kilomètres d’un point d’accès au réseau ferré qui répondait alors aux besoins d’une population encore majoritairement marquée par la ruralité.

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A l’âge d’or du rail, c’est-à-dire au lendemain de la première guerre mondiale, il y avait donc environ huit mille gares réparties dans les grandes villes, mais aussi dans les bourgs. La fermeture d’un grand nombre a accompagné la progressive rétractation du réseau. Elles ont été soit détruites, soit acquises par des communes ou des particuliers, et transformées en banques, pharmacies, bibliothèques ou, plus souvent, en logements.

Combien en reste-t-il aujourd’hui ?

Avec la révolution urbaine, le nombre de gares en fonction est passé à trois mille. Les deux tiers accueillent aujourd’hui moins de cent mille voyageurs et ont une activité locale. Certaines voient passer moins de trente passagers par an. Les riverains se battent souvent pour les maintenir ouvertes, comme dans le Massif central ou le Limousin. Seul un petit nombre (122) est d’envergure nationale, avec parfois des centaines de milliers de voyageurs chaque jour, comme les grands pôles parisiens ou certaines gares de banlieue.

La façon dont elles s’inscrivent dans la ville a-t-elle changé ?

Dans le Paris du XIXsiècle, les gares symbolisent une nouvelle civilisation électrique et cosmopolite. Elles sont dessinées par des compagnies – le Paris-Lyon-Marseille, par exemple – comme des vitrines pour susciter le désir du voyage. En gare de Lyon, une fresque monumentale évoque la villégiature azuréenne. Sur la façade de la gare du Nord, des sculptures représentent allégoriquement des localités de la Flandre française et belge.

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