Economie

« Le chantier du Congo-Océan peut être considéré comme un crime contre l’humanité »

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Publié aujourd’hui à 07h00

Entre 1921 et 1934, le chantier de la voie ferrée Congo-Océan, traversant la forêt équatoriale de Brazzaville (République du Congo) à la côte Atlantique, a coûté la vie à des milliers d’ouvriers. Dénoncé par Albert Londres et André Gide, il a aussi fait naître en métropole le début d’une prise de conscience des abus du système colonial, qui, sans remettre encore en cause la colonisation, conduira à l’interdiction officielle du travail forcé, en 1946. L’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch, professeure émérite d’histoire à l’université Paris-Diderot, spécialiste des enjeux politiques de la colonisation, revient sur ce volet sombre de l’histoire de l’Afrique équatoriale française (AEF).

Dans quel contexte la construction du Congo-Océan s’inscrit-elle ?

Le train représente le moyen le plus économique de transporter des marchandises vers les ports pendant la période coloniale. De nombreuses voies ferrées sont construites à cette époque, que l’on repère sur les cartes à leur tracé souvent perpendiculaire à la côte. Il s’agit de chemins de fer de pénétration réalisés pour relier l’économie de la colonie à celle de la métropole, et exporter les ressources coloniales. Les voies ne sont pas toujours connectées entre elles, surtout au nord.

D’une manière générale, les lignes de train construites en Afrique pendant cette période reflètent les fractures territoriales coloniales. Ainsi l’occupation du Congo a donné lieu à une rivalité entre la Belgique et la France. Les deux voies ferrées, l’une depuis Léopoldville (du nom du roi belge, devenue Kinshasa), l’autre depuis Brazzaville (du nom de l’explorateur français Savorgnan de Brazza), sont parallèles, chacune menant à la mer.

En 1927, dans son livre « Voyage au Congo », André Gide décrit le chantier du Congo-Océan comme un « effroyable consommateur de vies humaines ». Que s’est-il passé ?

Le chantier du Congo-Océan a duré plus de dix ans, de 1921 à 1934, dans des conditions extrêmement difficiles et dangereuses, dans une zone couverte en grande partie de forêts denses, avec un climat chaud et humide. Un grand nombre d’ouvriers ont souffert aussi de malnutrition car on leur fournissait des rations alimentaires insuffisantes, notamment à base de riz importé que les femmes du chantier ne savaient pas cuisiner. Ils ont aussi été victimes d’épidémies non contrôlées, qui se répandaient facilement dans des populations peu habituées à se regrouper en si grand nombre, comme la maladie du sommeil. On date de cette époque la première épidémie non encore active de sida, dont le virus existait à l’état naturel dans les forêts du Cameroun et s’est propagé vers le sud à partir des années 1900-1905, au fur et à mesure de la création des chantiers.

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