Technologie

Ce GPU 100% chinois pourrait garantir à la Chine son indépendance pour ses besoins civils et militaires

Le jour où les cartes graphiques seront à nouveau disponibles, une horde d’acheteurs va se ruer sur les modèles d’AMD et Nvidia. Avec Intel – qui règne sur les puces 3D intégrées – les trois Américains dominent le marché mondial des GPU. Ce paradigme pourrait rapidement changer, au moins en Chine, avec l’annonce de disponibilité très prochaine du JM9271, un GPU développé par l’entreprise Jingjia Micro et repéré par nos confrères de WCCFtech.

Une énième puce graphique chinoise ? Une tentative douteuse de coller aux modèles occidentaux sortis dans les années 2000 ? Non. Le JM9271 est une puce plutôt moderne, dont les performances générales seraient similaires au GeForce GTX 1080, de Nvidia, un processeur graphique lancé en 2016 seulement. Un GPU qui a fait le bonheur d’une génération de joueurs pour ses solides performances. Si on a vu circuler de nombreuses informations fumeuses autour des puces chinoises ces dernières années, nous tenons ici une annonce à la fois crédible et d’importance.

Crédible, parce que Jingjia Micro annonce une puce réaliste. Tant du point de vue de la compatibilité logicielle (OpenGL 4.5 et OpenCL 2.0, mais pas de Vulkan, ni de DX12), que du côté des performances.
Si le JM9271 semble être au coude à coude avec la GTX 1080 (8 TFlops contre 8,87 pour la carte de Nvidia), il consomme plus que la carte de Nvidia. Ce qui semble logique avec sa gravure en 28 nm, contre 16 nm pour la GTX 1080.

Quant à l’importance, cette puce l’est à bien des égards. Si les promesses sont tenues – et elles pourraient l’être, la mémoire HBM employée permettant de palier en partie la finesse de gravure plus grossière – la Chine disposerait d’un GPU puissant, souverain et dont la production est impossible à bloquer par les Etats-Unis.

Protégé des contre-mesures technologiques américaines

Si nous n’avons pas d’information sur l’usine d’où sort ce GPU, un détail nous donne des informations stratégiques : le choix du procédé de fabrication. Contrairement à ses homologues, Biren Technology ou Tianshu Zhixin, qui développent eux aussi des GPU et qui passent par TSMC pour produire des supers puces en 7 nm, Jingjia Micro utilise un procédé plus ancien. Plus exactement une lithographie en 28 nm. Ce qui implique, évidemment, que la puce chinoise est loin de pouvoir rivaliser avec les puces en 7 et 8 nm d’AMD et Nvidia en matière de densité de transistors et d’efficacité énergétique.

Mais alors que tout le monde doit faire appel à Taïwan (TSMC) ou à la Corée du Sud (Samsung) pour produire des puces inférieures à 16 nm – c’est le cas d’AMD, de Nvidia et désormais d’Intel – la gravure 28 nm est parfaitement maîtrisée par les usines chinoises, comme celles de SMIC. Et cela a toute son importance.

Car actuellement, les États-Unis interdisent au néerlandais ASML de vendre ses machines de dernière génération aux entreprises chinoises, privant certaines entreprises de l’Empire du Milieu de la gravure EUV qui permet de graver en dessous de 10 nm. C’est exactement ce qu’il s’est passé lorsque le gouvernement Trump a interdit au taïwanais TSMC de produire les puces pour Huawei/HiSilicon. Protégé par les États-Unis des velléités de contrôle (voire d’invasion) de la Chine continentale, Taïwan ne peut refuser ce genre d’injonction. En conséquence de quoi de nombreuses entreprises chinoises font les frais de ce blocus américain.

Mais personne ne peut mettre des bâtons dans les roues de la production du JM9271 par Jingjia Micro. La gravure en 28 nm fait en effet appel à des machines non EUV largement installées en Chine et non concernées par l’embargo imposé. Pire pour les Etats-Unis (et l’Europe) : un autre chinois, Shanghai Micro Electronic Equipment (SMEE), devrait livrer ses premières machines de lithogravure en 28 nm dès le quatrième trimestre de l’année. La Chine pourrait alors compter sur des GPU souverains à la puissance non négligeable et produits en grande partie avec des moyens domestiques (propriété intellectuelle, machinerie et usines). Une chaîne de conception et production totalement chinoise, et indépendante de la pression américaine.

Un GPU ça ne sert pas qu’à jouer…

La comparaison faite par Jingjia Micro de sa future carte avec une GTX 1080 ne doit pas vous induire en erreur. Si la carte peut avoir un potentiel gaming, cette « fibre » devra être cultivée pendant des années de partenariat avec des éditeurs de jeux vidéo pour porter ses fruits. Mais ce n’est sans doute pas sa cible première, les enjeux allant bien plus loin que des parties de Fortnite ou de Doom Eternal.

Car il faut regarder de plus près qui est Jingjia Micro. Selon le répertoire des entreprises du Wall Street Journal, « Changsha Jingjia Microelectronics Co. » de son nom complet, est référencée comme un concepteur et fournisseur de composants électroniques… militaires.
Qu’il s’agisse de supercalculateurs, du domaine spatial, des avions de chasse, etc. nombreuses sont les industries de pointe qui ont besoin de puissance de calcul. Un exemple : l’avion de combat F-35 de l’armée américaine intègre, sous licence, une partie graphique développée par AMD (intégrée par un partenaire défense). Une puce qui s’occupe, entre autres, de gérer les affichages de l’avion, de l’affichage tête haute (HUD), etc. Bref, de tout ce qui demande de la puissance graphique.

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Au vu des ambitions militaires grandissantes de la Chine, il semble logique que l’Armée Populaire ait besoin de puces équivalentes pour ses chasseurs, ou ses navires de dernière génération. Ce à quoi s’ajoute la montée en puissance de la force spatiale chinoise – premier rover sur sa face cachée de la lune, première mission martienne au sol non américaine – des domaines où le calcul, au sol et sur place, sont importantes.

Après deux années de conflit technologique avec les Etats-Unis, mis en exergue par le fameux Huawei-gate, la Chine multiplie les projets et initiatives pour se débarrasser de sa dépendance technologique à l’Oncle Sam. Même si le GPU Jingjia JM9271 n’arrive jamais dans nos PC gaming, il s’agit, sur le papier au moins, d’une étape discrète mais d’importance sur le chemin qui mène à l’autonomie technologique chinoise, qui mène à sa montée en puissance.


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