Economie

comment Emmanuel Macron a pris de court la SNCF

A la gare Montparnasse, à Paris, le 3 avril 2021.

« Lundi soir [12 juillet], la foudre est tombée sur la SNCF et sur ses dirigeants. » Ainsi parle Thomas Cavel, secrétaire général de la CFDT Cheminots. La foudre, c’est l’annonce jupitérienne du président de la République, Emmanuel Macron, sur les mesures sanitaires mises en place pour contrer le regain d’épidémie de Covid-19.

Parmi les décisions révélées aux Français ce soir-là, l’obligation de présenter un passe sanitaire dès août dans les trains longue distance a stupéfié la compagnie ferroviaire nationale. « On n’a rien vu venir, confirme un cadre de la SNCF. Et on a complètement été pris à revers, après avoir ramé pendant des mois pour faire passer l’idée que les TGV étaient des lieux sans contamination. »

Lire notre décryptage : Emmanuel Macron contraint de mettre un coup de frein au virus… et à ses réformes

La surprise est d’autant plus grande que, selon nos informations, la SNCF a interprété plusieurs signaux reçus le vendredi précédent, 9 juillet, comme des indices que rien n’allait changer. Il y a d’abord une réunion organisée par le ministre des transports, Jean-Baptiste Djebbari, qui rassemble des dirigeants d’Air France, d’Aéroports de Paris et Christophe Fanichet, le PDG de SNCF Voyageurs. Il s’agit de régler les problèmes liés aux liaisons internationales avec les pays très touchés par la résurgence du coronavirus. Or, à aucun moment, il n’est question de passe sanitaire dans les trains.

Le sujet sera tout de même abordé dans la soirée, ce même vendredi. Les services de l’Etat interrogent la SNCF sur la faisabilité d’une telle mesure. Réponse de l’entreprise : un passe sanitaire obligatoire sera extrêmement difficile à mettre en place ; le gouvernement prend acte de la réponse et les responsables de la compagnie ferroviaire n’entendent plus parler de rien. La conclusion semble alors limpide pour tout le monde dans l’entreprise : l’idée ne sera pas mise en œuvre.

« C’est le cadeau empoisonné de l’été »

Le choc est donc rude le lundi après 20 heures. Pourtant, le groupe va réagir sans tarder. Un comité de direction restreint de SNCF Voyageurs est improvisé dans les minutes qui suivent. Une réunion entre M. Fanichet et M. Djebbari permet de préciser en urgence les trains concernés : ce seront les TGV et les Intercités. Une « task force passe sanitaire » est constituée, les services informatiques et la filiale Oui SNCF se mettent à plancher sur les solutions technologiques à mettre en place.

Mais voilà que le sujet prend une dimension sociale avec la montée au créneau des syndicats. C’est qu’ils ont dû faire face, dès lundi soir, à un déluge de questions venues de la base sur la mise en œuvre pratique de la mesure. Qui contrôlera ? Quels agents devront justifier de leur situation sanitaire ? Le mardi 13 juillet, la CGT, premier syndicat de l’entreprise, pose une alerte sociale. « La perspective de sanctions pour les non-vaccinés va être un sujet de conflit, prévient Laurent Brun, secrétaire général de la CGT Cheminots. Nous n’avons été prioritaires ni pour les vaccins ni pour les masques, mais nous sommes prioritaires pour les contraintes. Ça finit par être pénible. »

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