Politiques

“l’inquiétude prime” chez les professionnels de la culture, de la restauration et des transports


“C’est la panique”, lâche Hubert Jan, le président de la branche restauration de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih). “On ne sait même pas comment ça doit se passer, on n’a pas les décrets”, ajoute celui qui est aussi le patron du bistrot Chez Hubert, à Fouesnant (Finistère). En août, il devra exiger des clients de son restaurant comme de ses salariés un pass sanitaire.

>> Pass sanitaire, vaccination, variant Delta… Suivez les dernières informations dans notre direct

Emmanuel Macron a annoncé lors d’une allocution, lundi 12 juillet, l’extension prochaine du pass sanitaire comme mesure de lutte contre le Covid-19 à toute une série de lieux : restaurants, bars, musées, trains, hôpitaux… Au lendemain de ces annonces, Hubert Jan a plaidé la cause des restaurateurs auprès d’Alain Griset, le ministre délégué chargé des Petites et moyennes entreprises et espérait, quand franceinfo l’a contacté que “la demande [ait] été entendue”Le gouvernement a finalement refusé, en fin de journée mardi 13 juillet, le report demandé par les professionnels du secteur.

Si les décrets d’application sont encore attendus pour la mise en place concrète de ce pass, les professionnels des secteurs concernés sont partagés. Chez les restaurateurs, c’est “l’inquiétude qui prime”, résume Laurent Frechet, président de la branche restauration du Groupement national des indépendants (GNI). “Nous ne sommes pas des gendarmes, on est dans la notion de plaisir et de fête, soupire Hubert Jan. Vous imaginez lorsque sur une table de six personnes, vous en avez trois qui ne sont pas vaccinés, vous leur demandez de partir ? C’est terrible.” Mathieu Bouthier, gérant d’un bar à Rennes, acquiesce : “Je tiens un bar de nuit. Déjà, lorsque j’expliquais la jauge à des personnes alcoolisées à une heure du matin, c’était compliqué, alors le pass…”

“J’ai peur de clients qui s’énervent, qui ne comprennent pas ou qui ne reviennent pas dans mon établissement.”

Mathieu Bouthier, gérant d’un bar à Rennes

à franceinfo

Outre les clients, les employés des bars et restaurants sont aussi concernés par le pass sanitaire. “Mes quatre salariés ne sont pas vaccinés, ils m’ont dit qu’ils allaient y aller, mais ce sera trop juste pour août, ils devront faire des tests”, poursuit Mathieu Bouthier qui espère avoir “un petit délai pour s’organiser”. Un appel entendu par le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, qui a annoncé mardi “une souplesse” pour ces professionnels ainsi que pour les enfants.

Reste que cette obligation du pass sanitaire aura un coût économique non négligeable. “Le rebond économique était là, les clients étaient là, ça va être un nouveau coup d’arrêt”, anticipe Hubert Jan. “Sur Paris, au mois de juin, c’est déjà -35% d’activité par rapport à 2019”, note Laurent Frechet. Sa fédération et d’autres demandent le report de l’élargissement du pass sanitaire à septembre. Lui plaide aussi pour exempter les terrasses de cette obligation, “l’un des moyens pour que l’on s’en sorte”.

Les propriétaires de cinéma ont aussi été pris de court. “On a pris l’habitude du truc qui vous tombe du jour au lendemain sur la tête, on attend comme toujours le décret d’application”, s’amuserait presque Myriam Djebour, cogérante du cinéma “Le Select” à Granville (Manche). “Ce qui nous choque, c’est la rapidité et l’urgence”, a déploré lundi soir sur franceinfo Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas de France (FNCF).

“La culture est visée dans des délais très courts, alors que les autres secteurs, y compris moins encadrés comme les bars et les restaurants seront concernés au mois d’août. On ne comprend pas pourquoi, comme à plusieurs reprises durant cette crise, la culture subit des mesures avant les autres.”

Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la FNCF

à franceinfo

Qu’ils soient restaurateurs ou patrons de cinémas, tous demandent à ce que les mesures d’accompagnement économique persistent avec la mise en place de ce pass sanitaire.

Dans d’autres secteurs, la colère est moins forte, mais les interrogations sont toutes aussi présentes. Pour les transports, de nombreuses questions restent en suspens. Si l’on sait que les TGV et Intercités sont concernés par le pass sanitaire, les TER et les Transiliens seront exemptés. Mais, qui réalisera ces contrôles ? Seront-ils aléatoires ?

Le syndicat SUD-Rail a déjà décrit cette mesure comme “impossible” dans un communiqué. “En l’état, le nombre de cheminot-e-s, l’organisation du travail et l’absence de personnel dans de nombreuses gares rendent concrètement impossible la mise en place d’un tel dispositif pour les 750 TGV (300 000 voyageurs en moyenne) et 220 trains Intercités quotidiens (100 000 voyageurs)”. Le syndicat refuse par ailleurs que le contrôle soit confié aux contrôleurs à bord des trains “pour des questions de sûreté du personnel et de prise en charge des usagers en infraction”. Chez Flixbus, leader européen du transport en car low-cost, c’est l’incertitude qui domine.

“On n’a pas d’infos, on n’a pas été consultés et on aurait aimé avoir plus de temps, c’est très compliqué d’avancer sur la question.”

Le musée du Louvre explique à franceinfo être “en attente d’instructions harmonisées au niveau interministériel afin de connaître les règles précises applicables, tant en ce qui concerne les visiteurs que les agents du musée et ses prestataires”. Les grands musées bénéficient cependant déjà d’un personnel de sécurité, ce qui devrait faciliter la mise en œuvre des contrôles. “Les musées vont prendre plusieurs jours pour s’organiser avec leurs équipes de sécurité mais cela va être comme pour le contrôle des billets”, explique une source à franceinfo.

Il n’y a que les fédérations hospitalières à se réjouir franchement de l’extension du pass sanitaire, même si là aussi les questions d’application sont nombreuses. “C’est une très bonne chose, ce pass sanitaire, on ne l’avait pas forcément anticipé, mais il faut maintenant que l’on s’organise car c’est vrai qu’à l’hôpital, on y entre librement”, explique la fédération hospitalière de France (FHF) qui réunit la plupart des établissements publics de santé et des établissements médico-sociaux de France. “Il y aura probablement un renforcement de la sécurité et donc des coûts supplémentaires pour l’hôpital, il faut qu’on l’évalue”, précise-t-on.

Même sentiment du côté de la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services (FNADEPA). “Il faut que l’on ait des moyens humains pour assumer ces contrôles, car le pass sanitaire et l’obligation vaccinale vont être complexes à mettre en œuvre, assure son président, Jean-Pierre Riso. Mais, il faut tout faire pour que le pire se renouvelle pas…” Le pire serait une quatrième vague tant redoutée.




Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page