Economie

« Plus que des promesses intenables, le secteur de l’énergie a besoin d’une feuille de route claire »

A la centrale de Cordemais (Loire-Atlantique), le 21 mars 2019.

Pertes & profits. Pas tout à fait mort, le charbon. Le ministère de la transition écologique et EDF ont annoncé, jeudi 8 juillet, la poursuite de l’exploitation de la centrale de Cordemais (Loire-Atlantique) jusqu’en 2024 au moins, au lieu de 2022. Et, surtout, l’abandon du projet de reconversion du site à la biomasse, baptisé « Ecocombust », éveillant « colère » et « inquiétude » chez ses 350 salariés, très investis, malgré les assurances sur le maintien des emplois données par la direction.

Les études de faisabilité technique et environnementale avaient été un succès, reconnaît le PDG du groupe dans une lettre aux syndicats. Mais Jean-Bernard Lévy avance « deux raisons principales » pour justifier l’arrêt d’un projet lancé en 2015 : son coût, lié au manque d’expérience sur ce combustible et à la récente envolée des prix des matières premières, qui rendait le courant trop cher ; et le retrait de Suez, le partenaire chargé de construire l’usine de granulés de bois et de traiter ses effluents.

Un nouveau recul, selon Greenpeace

RTE, le gestionnaire des lignes à haute tension, a prévenu que Cordemais avec ses 1 200 mégawatts capables d’alimenter 1 million de personnes est indispensable à la sécurité d’approvisionnement, au moins jusqu’au raccordement au réseau de l’EPR de Flamanville (Manche), prévu fin 2022. Un appoint essentiel pour la Bretagne, où de nombreux habitants refusent toute nouvelle centrale, nucléaire, thermique et même éolienne.

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Greenpeace y voit un nouveau recul d’Emmanuel Macron dans la lutte pour le climat et le résultat du retard du réacteur normand. La prolongation de Cordemais est pourtant symbolique dans un pays où le mix électrique est décarboné à plus de 90 %, grâce au nucléaire et à l’hydraulique. Le ministère assure même qu’elle ne fonctionnera que « durant les pointes de consommation en hiver ». Et pas plus de sept cent cinquante heures par an, soit un mois.

Il en va de Cordemais comme de Fessenheim. François Hollande s’était engagé à fermer la centrale nucléaire alsacienne durant son quinquennat, et c’est son successeur qui s’est plié à ce non-sens économique. M. Macron ne respectera pas non plus sa promesse de 2017 – inscrite dans la loi en 2019 – d’arrêter les dernières centrales à charbon, puisqu’il en restera une en service.

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Plus que des promesses intenables, le secteur de l’énergie a besoin d’une feuille de route claire. Le débat s’annonce passionnel durant la campagne présidentielle : aux traditionnels adversaires du nucléaire et des énergies fossiles se sont ajoutés les anti-éoliens. Si l’on additionne tous ces refus, il ne restera plus rien pour produire un électron. Ce sera la victoire du « modèle amish » naguère dénoncé par M. Macron.


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