Economie

La mobilité des travailleurs n’est pas celle de l’emploi

Livre. Où est produit un iPhone ? Impossible à dire, tant sa fabrication est fractionnée aux quatre coins du monde. Il en va de même pour la plupart des biens que nous consommons. Avec le développement des réseaux internationaux de sous-traitance, les phénomènes d’interdépendance entre pays sont renforcés : un choc négatif, même très localisé, se répercute sur l’économie mondiale. « D’un point de vue macroéconomique, l’impression qui se dégage est donc celle d’un aplatissement du monde au XXIe siècle », estiment Thomas Delemotte, Francis Kramarz et Benoît Schmutz.

Néanmoins, alors qu’ils sont très proches de régions dynamiques, certains territoires subissent des taux de chômage élevés et ne parviennent pas à moderniser leur appareil productif. « La géographie du monde du travail est donc paradoxale, entre un monde qui s’aplatit, ouvrant des possibilités toujours plus grandes à des régions éloignées, et l’apparition de disparités nouvelles entre territoires voisins », soulignent les chercheurs au Centre de recherche en économie et statistique (Crest).

Leur ouvrage L’Emploi et le territoire s’intéresse à la fragmentation spatiale, un phénomène d’abord documenté dans les plus grandes métropoles, mais qui s’observe à toutes les échelles, entre quartiers comme entre pays. « Si la nécessité de penser la juxtaposition de territoires obéissant à des logiques singulières est au cœur du renouvellement de l’analyse géographique, la science économique est en retard sur ces questions. »

La relocalisation des emplois

En France, la divergence entre villes de taille comparable, comme Toulouse et Marseille, a été soutenue par la présence initiale d’industries différentes avec, d’un côté, l’aéronautique et, de l’autre, le trafic maritime et le secteur textile. Des villes moyennes comme Nancy et Orléans ont aussi suivi des chemins différents, l’une pâtissant du déclin séculaire de la sidérurgie française quand l’autre bénéficiait de l’essor conjoint des secteurs pharmaceutique et cosmétique.

Facteur aggravant de divergence, la concentration spatiale des populations qualifiées induit des emplois supplémentaires dans les secteurs non marchands. La puissance publique intervient alors afin de stimuler l’implantation d’emplois marchands. Ainsi de l’implantation des antennes de musées nationaux en province. L’effet de ces politiques est toutefois incertain : l’activité touristique est volatile. « A l’inverse, des politiques concentrées sur les emplois à forte valeur ajoutée, comme le cluster universitaire de Sophia Antipolis, ont davantage de chances de voir des effets multiplicatifs importants. »

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