Economie

« Qu’elle soit politique ou crapuleuse, cette pandémie menace en profondeur tous les organes vitaux de nos sociétés »

Site Internet inaccessible après un piratage, le 14 mai 2021.

Pertes et profits. Tout à nos préoccupations sur les risques du monde à venir, nous sommes régulièrement renvoyés aux dangers du monde présent. Ce fut le cas au début de l’année 2020 avec le débarquement impromptu du virus SARS-CoV-2 dans nos vies, cela l’est en ce début d’été avec la multiplication des attaques informatiques. Aux rencontres économiques d’Aix-en-Provence, qui se tenaient du 2 au 4 juillet, les nombreux patrons présents en tribune ont disserté sur la nouvelle croissance, la lutte contre les inégalités, l’éducation ou le risque climatique, mais très peu sur la cybersécurité.

Pourtant, ce même week-end, près de 300 magasins d’épicerie de la chaîne suédoise Coop ont brutalement cessé toute activité du fait d’une attaque informatique qui pourtant ne les visait pas directement. Un groupe de cybercriminels est entré dans le logiciel d’une petite société de Floride, Kaseya, qui fournit son produit à des centaines de sociétés de services informatiques qui l’utilisent pour gérer les systèmes de milliers de petites entreprises à travers le monde, comme les épiceries Coop. Déjà, les autorités américaines et le FBI ont prévenu que l’ampleur de l’attaque les empêchera de répondre à chaque victime.

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Les auteurs de cette offensive demandent une rançon de 70 millions de dollars en bitcoins pour débloquer le logiciel. C’est la technique du rançongiciel qui se répand désormais à la vitesse d’une pandémie. Le groupe, dénommé REvil, auquel seraient affiliés les assaillants, a déjà été identifié derrière l’intrusion qui a dévasté les systèmes informatiques du géant brésilien de la viande JBS à la fin du mois de mai.

Politique ou crapuleuse

Le gestionnaire d’oléoducs Colonial Pipeline, qui approvisionne toute la côte est des Etats-Unis, a été attaqué dans les même conditions, ainsi que des collectivités locales, des hôpitaux et des entreprises dans le monde entier. L’offensive actuelle rappelle également celle contre l’éditeur de logiciels SolarWinds durant toute l’année 2020. Tous les regards s’étaient tournés alors vers la Russie, soupçonnée d’héberger, voire de piloter, les pirates. Ce samedi 3 juillet, Joe Biden est de nouveau monté au créneau en ordonnant une enquête et en pointant Moscou.

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Qu’elle soit d’origine politique ou purement crapuleuse, cette nouvelle pandémie menace en profondeur tous les organes vitaux de nos sociétés : l’énergie, les transports, la santé, la consommation. Les spécialistes reconnaissent le très haut niveau d’expertise des attaquants, qui ne sont probablement pas les concepteurs de l’arme, mais des utilisateurs. La criminalité informatique est désormais maîtrisée par des superspécialistes capables d’exploiter des failles dans des logiciels très sophistiqués. Elle dispose d’une chaîne de valeur complète, de la recherche à l’industrialisation. Et il faudra plus d’un vaccin pour éradiquer ce nouveau fléau.


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