Economie

« Ne faudrait-il pas construire une nouvelle théorie de l’inflation ? »

Chronique. Le débat sur le risque de retour de l’inflation est aujourd’hui très vif. Certains économistes craignent que les politiques massives de stimulation de la demande conduisent au retour de l’inflation, à la hausse des taux d’intérêt et à la rechute de l’économie ; d’autres économistes pensent que la poussée de l’inflation est seulement transitoire, et que les mécanismes qui ont fait disparaître l’inflation depuis le début des années 1980 dans les pays de l’OCDE sont encore présents. Ce débat révèle un problème : nous ne disposons plus d’une théorie économique claire de l’inflation, que ce soit à court terme ou à long terme.

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La macroéconomie traditionnelle proposait une théorie claire, mais elle n’est plus aujourd’hui conforme aux faits observés. Selon cette approche traditionnelle, l’inflation peut résulter de la hausse des prix des matières premières (au sens large : énergie, matières premières alimentaires, métaux, semi-conducteurs, transport maritime…). Cela est bien sûr toujours mécaniquement le cas, mais la théorie économique, elle, s’intéressait à l’inflation sous-jacente, hors effet des prix des matières premières.

La courbe de Phillips

Selon cette théorie, l’inflation à court terme vient de ce qu’on appelle la « courbe de Phillips », du nom de l’économiste néo-zélandais Alban William Phillips (1914-1975), qui l’a formulée en 1958 : une progression de la demande qui fait baisser le taux de chômage est inflationniste, car la baisse du taux de chômage renforce le pouvoir de négociation des salariés sur le marché du travail. A long terme, l’inflation est, en revanche, un phénomène monétaire : il y a une relation stable à long terme entre l’offre de monnaie et le revenu en valeur, qui est le déterminant de la demande de monnaie ; une progression plus rapide de l’offre de monnaie conduit à une progression également plus rapide des prix.

Dans cette théorie traditionnelle, une politique monétaire expansionniste fait baisser les taux d’intérêt réels et soutient la demande à court terme ; mais à long terme, elle n’a pas d’effet sur l’économie réelle et conduit seulement à une inflation plus forte. A long terme, les taux d’intérêt réels ne dépendent plus, selon cette théorie, de la politique monétaire, mais permettent d’équilibrer par l’épargne et l’investissement l’offre et la demande de biens et services.

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Cette théorie traditionnelle (dite de « neutralité monétaire ») joue un rôle politique très important. Elle explique, par exemple, le choix de donner aux banques centrales leur indépendance : puisque la politique monétaire n’a d’effet à long terme que sur l’inflation, il est possible que la banque centrale mène celle-ci indépendamment des autres politiques économiques si elle n’a pour mission que la maîtrise de l’inflation. A court terme, les politiques économiques arbitrent entre inflation et chômage, suivant la courbe de Phillips. Si les gouvernements souhaitent un taux de chômage plus bas, ils doivent accepter davantage d’inflation.

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