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La Nati cible de l’extrême droite

Adversaire de l’équipe de France en 8e de finale de l’Euro, ce lundi soir (21h), la Suisse n’est pas soutenue dans toute l’Helvétie. Et pour cause, les joueurs d’origine balkanique sont accusés de ne pas aimer suffisamment leur pays de naissance.

A l’Euro 2016, Philippe von Burg, commentateur de l’équipe de Suisse sur la RTS pendant 10 ans, nous dévoilait les forces et les faiblesses de la Nati avant le 3e match de la phase de groupes contre la France. Le journaliste nous avait également expliqué que les joueurs d’origine balkanique, notamment les deux vedettes Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri, n’étaient pas appréciés par tout le monde au pays.

« Pour certains (joueurs), ils ont deux pays dans le cœur. Le Suisse-Albanie n’était pas évident car ils ont affronté des gens proches, voire un frère pour Xhaka. Il y a des reproches concernant le manque d’identification, avec une partie du public qui dit que certains joueurs ne sont pas 100% suisses », nous avait ainsi expliqué Philippe von Burg. On l’a recontacté avant le nouvel affrontement entre les deux nations, ce lundi soir.

Philippe, quand est-il de la place de la sélection dans la société suisse ?
Philippe von Burg: Ce que j’avais pu dire en 2016 est toujours d’actualité. C’est une mouvance liée à des gens d’extrême droite, notamment. Encore une fois, lors du premier match des Suisses à l’Euro contre les pays de Galles (1-1), après une performance un peu moyenne, le débat a rejailli. Roger Köppel, un politicien de Zurich, qui est journaliste de formation, qui est assez connu car il travaille dans un journal très lu dans la partie germanophone, a félicité les Hongrois en disant que des joueurs avec la bonne couleur de cheveux étaient capables de faire un grand match. C’était une allusion lancée à Granit Xhaka et Manuel Akanji, qui avaient été qualifiés d’enfants gâtés parce qu’ils avaient fait venir un coiffeur à Bakou. C’est une polémique qui a éclaté en Suisse alémanique, moins en Suisse romande. Or c’était anodin.

Roger Köppel s’en était pris à la sélection à la Coupe du monde 2018 (qualifiant l’équipe de « troupe de mercenaires multiculturelle balkanique presque sans patrie », ndlr) et cela me fait rire quand il met en avant la sélection hongroise, où il y a un joueur français de couleur. C’est un nouvel exemple que cela existe encore en Suisse. En France, vous avez un peu plus d’avance sur le sujet que nous. En Suisse, ça continue. Certains considèrent que les joueurs de la sélection ne sont pas tous de vrais Suisses et ne défendent pas aussi bien le maillot que des Suisses allemands pourraient le faire. Ce qui, d’un point de vue du football, est évidemment inconcevable.

Par ailleurs, toute l’équipe de Suisse ne chante pas forcément ou chante peu l’hymne national. C’est une situation un peu compliquée, car la Suisse est un pays plurilingue, les paroles sont en allemand. Des joueurs ne chantent pas, mais c’est quelque chose d’anodin. C’est une pensée qui n’est pas majoritaire mais qui est quand même assez répandue, notamment en Suisse alémanique.

En tant que journalistes sportifs, vous êtes donc parasités par des débats de société…
A la RTS, on diffuse tous les matches de l’Euro, nous sommes 5 commentateurs. Et c’est vrai que, quand on suit la sélection suisse, au lieu de parler de football tout le temps, on a ces affaires parasitaires.

Comment est perçu ce problème au sein de la sélection ?
Il y a eu un gros travail du sélectionneur national (Vladimir Petkovic) pour présenter une meilleure image aux médias, aux supporters. Il a bien géré les polémiques à ce sujet. A la Coupe du monde 2018, il y a eu l’affaire de l’aigle albanais fait par Xhaka et Shaqiri contre la Serbie. Ils ont été amendés. Lichtsteiner (le capitaine à l’époque) avait également fait le geste et cela avait interprété comme un soutien très fort à ses coéquipiers. Il y a eu une évolution de la part de Lichtsteiner, qui avait lui-même évoqué le problème d’identification en sélection suisse.

« En Suisse alémanique d’avantage qu’en Suisse romande »

La situation s’améliore donc un peu avec le temps…
Les mentalités évoluent, la nouvelle génération devient plus adulte. Quelque part, on commence à briser les tabous avec d’autres luttes, sur les questions de sexualité, sur le plan de l’écologie. Je suis optimiste sur l’évolution de la société suisse, même si, en Suisse alémanique d’avantage qu’en Suisse romande, les polémiques sur la sélection suisse existent encore.

Comme en France, il y a désormais cette possibilité de voir des natifs de Suisse évoluer pour une autre sélection. Cela ne va pas arranger la situation…
Pour l’instant, cela ne fait pas trop de polémique, car nous n’avons pas du tout le même réservoir de joueurs de haut niveau qu’en France, mais notamment avec la création de Kosovo, des joueurs formés en suisse, qui ont été internationaux juniors, ont rallié le Kosovo pour les éliminatoires. On a aussi une communauté portugaise assez forte (ils 260 000 Portugais en Suisse), qui très attachée à son pays d’origine. Avec ce chiffre, on devrait avoir un ou deux joueurs d’origine portugaise en sélection mais ce n’est pas encore le cas.

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