Santé

Explorer les capacités cognitives du vivant grâce à la magie


Une récente expérience tente de mettre en évidence les contraintes cognitives qui incombent aux corvidés en les soumettant à des tours de passe-passe effectués par des magiciens. 

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  Certains oiseaux peuvent être surpris en train de s’adonner à des comportements joueurs. Ils jouent parfois seuls, en se balançant ou en se roulant dans l’herbe, parfois avec un objet, une brindille ou une pierre. Et d’autres fois, avec leurs congénères. Il arrive même qu’ils mélangent ces trois types de jeux. Et selon des travaux menés à l’université de Nouvelle-Angleterre (Australie), les oiseaux qui ont adopté le jeu social sont ceux qui présentent la masse cérébrale la plus importante. © The Magpie Whisperer 

Les genres qu’abrite la famille de passereaux, dont les corbeaux et les pies, ont mauvaise réputation. La pie est attirée par ce qui brille et les corbeaux sont des manipulateurs qui usent de stratégies complexes pour parvenir à leur fin. Mais ce n’est pas tout. Cette famille regroupe aussi d’autres oiseaux comme les geais qui sont connus pour la mise en place de stratagèmes semblables à ceux des magiciens afin de dissimuler leur nourriture à des voleurs potentiels.

Dès lors, se pose la question de savoir si les espèces de cette famille peuvent être trompées par les tours de magie humaine. C’est à cette question qu’ont voulu répondre des chercheurs en psychologie de l’université de Cambridge en publiant une nouvelle étude dans la revue Proceedings National Academy of Science. Afin de mieux saisir l’intérêt de l’utilisation de la magie pour mieux comprendre la cognition des êtres vivants, nous avons interrogé Gustav Kuhn, chercheur en psychologie à Goldsmiths, à l’université de Londres. 

La magie au service de la science

La magie ne sert pas seulement à vous faire passer un agréable moment lors de spectacles, elle permet aussi aux psychologues de tracer les limites de votre cognition : « les magiciens ont développé des techniques vraiment puissantes dans le but de manipuler notre expérience consciente et ces techniques peuvent vraiment nous en apprendre beaucoup sur les limitations de l’esprit humain », affirme Gustav Kuhn. En réalité, cela fait longtemps que les procédés magiques ont été utilisés dans la recherche en psychologie.

L’un des pionniers dans ce domaine est Alfred Binet, psychologue français plus connu pour ses travaux sur la mesure de l’intelligence humaine : « Il y a eu une période florissante en matière d’expériences faisant appel à la prestidigitation pendant le XIXe siècle, puis cela a complètement disparu par la suite. Depuis une vingtaine d’années, la recherche en psychologie s’intéresse à nouveau aux techniques des magiciens. Le paradigme de la “science de la magie” est désormais établi comme un champ de recherche sérieux »,  déclare Gustav Kuhn. 

Des oiseaux moins manipulables que les humains ? 

L’expérience susmentionnée est une aubaine pour la psychologie comparative qui s’intéresse grandement au fonctionnement de l’esprit à travers les espèces, et observer les similitudes et les différences en matière d’opérations cognitives. Les résultats de l’étude suggèrent que les geais sont aussi manipulables que les humains face à des techniques comme le fast pass (le fait de faire passer très rapidement l’objet d’une main à l’autre) mais ne sont pas dupes comme nous face à d’autres stratagèmes comme le transfert de paume (le fait de faire semblant de transférer un objet d’une paume à l’autre) ou le french drop (le même principe mais avec une technique différente).

Comme chez les enfants, les chercheurs prêtent attention aux réactions des corvidés : « Les psychologues du développement ont une longue tradition d’utilisation des astuces magiques pour étudier la cognition des nourrissons. Étant donné que le même problème de communication se pose avec les animaux, il semble cohérent de penser que ce paradigme pourra aussi nous aider à mieux comprendre la cognition animale », détaille Gustav Kuhn. 

Un futur paramètre pour la classification des espèces ? 

L’étude des caractéristiques cognitives du vivant pourrait-elle faire émerger une nouvelle caractéristique d’intérêt dans le champ de la taxonomie des espèces ? Si l’on manque encore cruellement de données, la question mérite d’être soulevée : « les espèces sont généralement classées en regard de caractéristiques biologiques, anatomiques et génétiques mais cela pourrait faire sens également d’établir des classifications en matière de capacités mentales. Cela pourrait nous renseigner grandement sur l’évolution et le développement cognitif du vivant », conclut Gustav Kuhn.

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