Economie

La rémunération des patrons de la finance « devient un sujet » en Europe

Andrea Orcel, alors patron de la banque d’investissement de UBS, à Londres, en 2013.

La scène n’est pas banale. Le 19 mai, deux pointures de la finance européenne en élégants costume et tailleur se retrouvent devant le tribunal, à Madrid, pour un différend portant sur des millions de dollars de rémunération. A quelques sièges d’écart se tiennent Andrea Orcel, fraîchement nommé à la tête de la deuxième banque italienne UniCredit, auparavant patron de la banque d’investissement de UBS, surnommé le « Cristiano Ronaldo des banquiers », et, à sa droite, Ana Botin, la présidente de l’établissement espagnol Santander.

M. Orcel poursuit le géant bancaire espagnol, qui a, dans la dernière ligne droite, renoncé à le nommer directeur général en 2019. Le coût du transfert depuis UBS (plusieurs dizaines de millions d’euros pour compenser sa rémunération différée non perçue) avait en effet été jugé inacceptable par le conseil d’administration de Santander. Devant la justice, le banquier prodige réclame désormais 76 millions d’euros.

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Alors que la finance a toujours été associée à des pratiques de rémunérations mirobolantes, certaines largesses deviennent désormais plus difficiles à accepter pour les actionnaires et les investisseurs. En assemblées générales (AG), « depuis quatre à cinq ans, on constate que, globalement, les oppositions sur les rémunérations ont tendance à progresser », souligne Cédric Laverie, responsable de la recherche chez ISS, une agence de conseil en vote. « Compte tenu de la pression des investisseurs en AG, la rémunération des dirigeants dans la finance devient un sujet pour les entreprises », ajoute Stéphane Rambosson, cofondateur du cabinet de chasseurs de têtes Vici Advisory, situé à Londres.

« Inacceptable »

Si l’AG des actionnaires d’UniCredit a, en avril, entériné haut la main la nomination d’Andrea Orcel, sa rémunération, qui pourra atteindre jusqu’à 7,5 millions d’euros par an (l’une des plus élevées dans la banque en Europe), n’a toutefois été approuvée que de justesse, par 54,10 % du capital représenté. Les agences de conseil ISS et Glass Lewis avaient d’ailleurs appelé à voter contre.

Son homologue à la tête de la banque allemande Deutsche Bank, Christian Sewing, a, lui aussi, perçu, au titre de 2020, quelque 7,4 millions d’euros, soit 46 % de plus qu’en 2019, comme l’a révélé le rapport annuel du groupe, publié en mars. L’institution a, dans la foulée, augmenté de 29 % les bonus accordés pour l’ensemble du groupe, qui a profité du dynamisme de ses activités de trading sur les marchés pendant la crise sanitaire. Un retournement, car au cours des dix années précédentes, l’établissement avait cumulé une perte de 8,2 milliards d’euros. « Il n’est pas dans l’air du temps que la Deutsche Bank, qui a bénéficié indirectement de renflouements à maintes reprises, organise une fête coronavirus », avait réagi auprès de Reuters le député allemand (Die Linke, gauche) Fabio De Masi.

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