Economie

En dépit de la forte demande, « quelques nuages commencent à s’accumuler sur l’horizon du gaz »

Un réservoir cylindrique destiné au gaz naturel liquéfié, à Nantong, en Chine, en mars 2019.

Pertes & profits. Au Qatar, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), les choses sont simples, le patron de la compagnie nationale Qatar Petroleum, Saad Sherida Al-Kaabi, est aussi le ministre de l’énergie. Et, aujourd’hui, il se frotte les mains. La sortie de la pandémie se traduit par un essor considérable de la demande, notamment de la part des pays asiatiques. Au forum économique que le pays a organisé dans sa capitale, Doha, le 22 juin, il a confirmé son objectif d’augmentation de capacité de production de GNL à 110 millions de tonnes par an, contre 77 millions actuellement. Pour cela, il met la dernière main à un projet gigantesque d’investissement de 29 milliards de dollars. Et les Shell, TotalEnergies ou ExxonMobil se bousculent pour y participer.

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Tous font le pari que le gaz sera l’énergie-clé de la transition énergétique durant les vingt prochaines années. Celle qui permettra aux pays dépendants du charbon ou du pétrole d’en sortir au plus vite.

Risque de « cataclysmes » en chaîne

Quelques nuages commencent cependant à s’accumuler sur cet horizon prometteur. L’Agence internationale de l’énergie affirme désormais que si la planète veut éviter la catastrophe d’un réchauffement climatique supérieur à 2 °C, il faut que les pétroliers arrêtent dès maintenant toute nouvelle recherche de gisement et préparent dès aujourd’hui l’extinction de leur activité. Le prochain rapport des experts de l’Organisation des Nations unies, dont certains éléments commencent à fuiter, va dans le même sens, en annonçant un risque de « cataclysmes » en chaîne. Et nombre de pays développés, comme les Etats-Unis et l’Europe, accélèrent leurs programmes de sortie des combustibles fossiles. Dans ce contexte, le gaz perd de son lustre. Et les financiers s’interrogent.

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C’est ce que constate l’ONG Global Energy Monitor, qui traque les projets et les investissements dans les combustibles fossiles. Elle publie, jeudi 24 juin, un rapport qui souligne le retard croissant des investissements dans le GNL. Selon son comptage, 26 terminaux d’exportation, représentant près de 38 % des capacités en développement dans le monde, déclarent des retards d’investissement, notamment aux Etats-Unis. L’argent devient « nerveux », comme le titre le rapport devant l’avenir incertain du gaz, et donc le risque de long terme pour les investisseurs. A court terme, cette inquiétante perspective a au moins un avantage pour M. Al-Kaabi et les majors pétrolières : face à une consommation qui repart et des investissements qui patinent, les prix grimpent, et les profits aussi. A long terme, c’est une autre affaire.


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