Technologie

Comment la France intensifie sa lutte anti-drones

Le survol en ULM d’un militant Greenpeace au début du match France-Allemagne de la coupe d’Europe de football ce 15 juin a laissé beaucoup d’observateurs pantois. Comment a-t-il pu pénétrer au-dessus du stade ? Que se serait-il passé s’il s’était agi d’un drone tueur ? Aurait-il été détecté et neutralisé ?

C’est en tout cas pour éviter ce scénario catastrophe que la France met actuellement les bouchées doubles dans la lutte anti-drones. Un appel d’offres du ministère des Armées est en cours pour se doter avant la fin de l’année 2022 de dix à quinze systèmes supplémentaires. Ils devront être opérationnels pour les deux prochaines grosses échéances sportives : la Coupe du monde rugby de 2023 et les Jeux olympiques de 2024, comme cela a été détaillé lors de la conférence Paris Air Forum qui s’est tenue ce lundi 21 juin au Bourget.

La menace s’est complexifiée depuis 2016

L’Euro de football de 2016 avait déjà fait l’objet d’un dispositif de lutte anti-drones, alors que des survols inquiétants de centrales nucléaires avaient eu lieu l’année précédente. 

Les incidents se sont depuis accumulés. Citons ceux survenus au-dessus des aéroports d’Olso ou de Gatwick en 2018. Beaucoup plus inquiétant, des raffineries de pétrole saoudiennes ont été attaquées en 2019 et mars 2021. Encore plus grave, des drones kamikazes ont carrément été utilisés par l’Azerbaïdjan au Haut-Karabagh dans le cadre du conflit qui l’opposait à l’Arménie en 2020. Ils ne transportaient pas de charge explosive, mais ont été employés pour provoquer des dommages en explosant. Ils auraient d’ailleurs tué plusieurs civils.

Drone Sony

Des drones difficiles à identifier et caractériser

La menace est protéiforme, les évolutions technologiques constantes et difficiles à suivre. Le nombre de drones en circulation a également explosé. « On avait 400 000 drones sur le territoire national en 2017, on en a 2,5 millions aujourd’hui à peu près », a souligné le sénateur Cédric Perrin, vice-président de la Commission des affaires étrangères, défenses et forces armées.

Il est ensuite difficile de distinguer un drone d’un piéton ou d’un oiseau sur un écran de radar. « La menace est compliquée parce qu’elle est fugace et ténue puisque les drones peuvent avoir la taille d’un oiseau », a fait observer Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées. « Il est aussi de plus en plus difficile de les discriminer et de savoir si c’est un drone commercial à usage civil ou un drone potentiellement malveillant ».

Différentes technologies suivant l’environnement

Les fondamentaux de la lutte anti-drones restent toutefois les mêmes. Il s’agit de détecter, puis d’identifier, c’est-à-dire caractériser la menace, et enfin, de neutraliser. Faire progresser ces trois volets ne relève pas seulement d’un enjeu technologique. Des problèmes juridiques, de renseignement et même éthiques se posent. « Quand bien même vous seriez capables de neutraliser un drone au-dessus d’un stade, est-ce souhaitable alors qu’il y a du public juste en dessous ? », s’est interrogé Hervé Grandjean.

Pour la société CS, qui fournit le système Boreades, la menace la plus effrayante serait celle d’un essaim de drones. « On s’émerveille de voir des Chinois faire des démonstrations avec 1000 drones la nuit. Mais imaginez 1000 drones qui ne sont pas là pour faire le show, mais pour vous attaquer, chacun avec une petite charge. Cela peut être difficile de réagir », Eric Blanc-Garin, directeur général de CS Group, spécialiste des systèmes critiques.

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Un appel d’offres en cours

Les moyens technologiques sont variés : radars actifs, passifs et acoustiques pour la détection et l’identification. La neutralisation peut se faire par laser, brouillage électro-magnétique, armes à énergie dirigée et même filet ou encore tirs de canon ou de missiles suivant la menace. Mais le dispositif doit avant tout être adapté à l’environnement. « La lutte anti-drone est radicalement différente en milieu urbain, autour d’une centrale nucléaire ou au milieu du désert », a précisé Franck Lefevre, directeur technique général de l’ONERA.

L’armée dispose déjà du système BASSALT, qui consiste en un radar et un système de contrôle et commande ayant servi pour sécuriser le salon du Bourget et le G7 de Biarritz en 2019. Boreades de CS Group est plus complet puisqu’il va jusqu’à la neutralisation par brouillage.

Parallèlement à cela, les expérimentations continuent. « La ministre des Armées se rendra dans le Sud-Ouest de la France durant la première quinzaine de juillet pour assister à une première en France : la neutralisation en direct d’un drone par laser développé par la société Cilas », a annoncé le porte-parole du ministère des Armées.


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