Economie

« La numérisation de l’économie a un effet désinflationniste »

Jean-François Robin, en mai 2018.

On parle d’un retour de l’inflation, mais quelle est la dernière période de hausse des prix que nous ayons connue ?

Nous n’avons pas eu d’inflation forte depuis les années 1980. Mais nous avons connu, entre 1999 et 2008, une période d’inflation modérée, avec un taux de croissance annuel des prix de 2,3 % par an en moyenne. Puis, entre 2008 et 2019, avant le Covid, elle était tombée à 1,2 %, alors même qu’aux Etats-Unis et dans de nombreuses régions du monde, le taux de chômage était historiquement bas.

D’autres facteurs très puissants ont été à l’œuvre, comme l’ubérisation de l’économie, la numérisation, les délocalisations, la montée en puissance de la Chine… Aujourd’hui, il faut se poser la question de savoir si le monde a changé.

Comment expliquer la faiblesse de l’inflation ces dernières années ?

Le premier élément, c’est la structure du marché du travail. Pour avoir une inflation durable, il faut des hausses de salaires. Or, aux Etats-Unis, on recense encore 7,5 millions de personnes sans emploi. En outre, nombreux sont ceux qui ne cherchent pas de travail à cause de la peur du Covid-19, de la fermeture des écoles ou des aides généreuses de l’Etat. Il existe donc un réservoir de personnes susceptibles de revenir sur le marché du travail.

Il faut aussi se poser la question du partage de la valeur ajoutée. La déréglementation du marché du travail a réduit le pouvoir de négociation des salariés. A-t-on changé de paradigme avec la crise ? Rien n’est moins sûr, comme l’a montré le refus de se syndiquer chez Amazon (6 % de travailleurs le sont aux Etats-Unis, contre 30 % il y a cinquante ans), ou l’explosion du nombre d’autoentrepreneurs en Europe.

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En revanche, la crise a été un formidable accélérateur en matière de numérisation de nos économies. C’est très désinflationniste côté consommateur, qui compare les prix et achète sur Internet, et côté entreprises avec in fine des gains de productivité et donc une capacité à répondre à une demande plus forte sans retranscrire la hausse des coûts d’approvisionnement dans les prix.

Une relocalisation des chaînes de production aurait-elle des effets sur l’inflation ?

Ces dernières années, la Chine a mis à disposition des entreprises du monde entier sa main-d’œuvre pas chère, contribuant à baisser les coûts de production. Ceci est en partie remis en cause, notamment avec la hausse très forte des salaires et l’essor de la classe moyenne en Chine. La crise a également montré les limites de cette organisation.

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