Economie

Le bitcoin, cryptomonnaie du crime ou de la liberté

Un petit commerce acceptant les bitcoins, sur la plage d’El Zonte, au Salvador, le 16 juin 2021.

Au matin du 7 mai, la direction de Colonial Pipeline, l’oléoduc qui alimente en essence la Côte est des Etat-Unis, découvre un message laissé par des pirates informatiques établis en Europe de l’Est : ils exigent une rançon de 4,4 millions de dollars (3,7 millions d’euros) pour débloquer ce pipeline stratégique. Le PDG de l’entreprise, Joseph Blount, se décide rapidement à payer. Le versement de la rançon est simple comme un clic. D’après le Wall Street Journal, M. Blount fait verser 75 bitcoins aux hackeurs, en échange d’un logiciel de déblocage, lequel se révèle insuffisant.

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Ainsi a-t-on trouvé une utilité irréfutable au bitcoin : c’est l’argent du crime. Plus rapide que les négociations par petites annonces interposées dans les journaux lors de l’enlèvement du fils de Charles Lindbergh, qui fut assassiné en 1932 ; plus économe que les montagnes de dollars enterrées et pourrissant dans les propriétés de Pablo Escobar en Colombie ; plus sûr qu’un virement crypté, même au Panama. Efficace, tout simplement. Depuis des années, le FBI exhorte les victimes de piratage à ne pas payer de rançon, mais cette objurgation n’est pas toujours suivie d’effet, tant le coût lié la paralysie d’un système informatique peut être considérable.

Le 9 juin, le Salvador a fait du bitcoin une devise légale pour permettre l’inclusion financière de milliers de personnes ne disposant pas de compte bancaire

Avant de réduire le bitcoin au crime organisé, il convient d’adopter une perspective différente. Celle du Salvador qui, le 9 juin, en a fait une devise légale, à côté du dollar, sa monnaie officielle, pour permettre l’inclusion financière de milliers de personnes ne disposant pas de compte bancaire. Ou celle du Venezuela, où l’épargne est laminée par l’hyperinflation et dont les habitants figurent parmi les plus grands utilisateurs de cryptodevise au monde.

A leurs yeux, elles représentent une protection contre les errements financiers de leur gouvernement, une sauvegarde du droit à la propriété et un moyen de vivre dans des conditions normales. L’instabilité du bitcoin constitue certes un handicap, mais est-elle pire qu’un bolivar en dépréciation permanente ? Une inflation annuelle de 3 000 % équivaut à une division par deux de la valeur de la monnaie toutes les dix semaines. Or le krach actuel du bitcoin – plus de 31 400 euros au 18 juin – n’a pas encore atteint une telle dévaluation. Plus pratique que le troc, moins susceptible d’être volé que l’or ou les dollars dissimulés sous un matelas, le bitcoin, en l’espèce, n’est pas l’instrument du crime, mais de la liberté.

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