Politiques

pourquoi la gauche est-elle si bas dans les sondages ?


Le printemps, synonyme du retour des jours heureux, se fait encore attendre à gauche. Après la débâcle de 2017, les forces de gauche abordent les élections régionales et départementales des 20 et 27 juin en mauvaise posture, à en croire les sondages réalisés jusqu’à présent.

Selon la dernière série d’enquêtes Ipsos / Sopra Steria pour les antennes régionales de France 3, publiées le 9 juin, la gauche pourrait n’arriver en tête du premier tour dans aucune des 13 régions de l’Hexagone, y compris dans les cinq qu’elle préside actuellement. Une première.

Plus inquiétant encore, le total des intentions de vote des différentes listes de gauche atteint des seuils historiquement bas : à peine 20% en Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans le Grand Est ou dans les Hauts-de-France, pas plus de 30% en Auvergne-Rhône-Alpes ou en Normandie, moins de 35% en Ile-de-France… Seules la Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie semblent confirmer leur statut de terres historiques de gauche, avec un total supérieur à 40%.

Une opinion publique de plus en plus à droite

La sanction électorale pourrait être encore plus sévère qu’en 2015, un mauvais cru lors duquel la gauche, victime du vote sanction contre François Hollande, avait perdu de nombreux territoires. Six ans plus tard, ce courant politique doit faire face à un électorat de plus en plus sensible aux thématiques chères à la droite. Selon un sondage OpinionWay pour Les Echos paru le 27 mai, la sécurité, qui n’est pourtant pas une compétence des conseils régionaux, arrive désormais en tête des enjeux électoraux pour la moitié des électeurs, devant le développement économique et la création d’emploi (38%) ou le cadre de vie et l’environnement (36%).

La sécurité ou l’immigration, sujets au cœur de l’actualité marquée par une multiplication des faits-divers ces dernières semaines, “sont des thèmes historiquement préemptés par la droite ou l’extrême droite”, explique Stéphane Zumsteeg, directeur du département opinion de l’Institut Ipsos. Or, “elles paraissent plus crédibles que la gauche pour répondre à ces questions-là”.

“On souffre d’un contexte médiatique, reconnaît Thomas Portes, l’un des porte-parole de Génération.s, le parti fondé par Benoît Hamon. Certaines chaînes d’info et d’opinion donnent le ton et fixent l’agenda médiatique autour de l’immigration ou de la sécurité, et on ne parle plus des questions sociales et écologiques.”

Pour le député de La France insoumise François Ruffin, la gauche doit se sortir de ce tournant sécuritaire en parlant davantage de questions sociales. “Là-dessus, on peut être moteur, majoritaire. Et remplir le rôle difficile, pas gagné d’avance, mais qui est le nôtre : aller chercher les classes populaires des banlieues et des campagnes, les rassembler en un bloc historique, au-delà de leurs différences”, plaide l’élu de la Somme dans Libération (article pour les abonnés)“Il y a une droitisation du débat en France, constate également Eva Sas, porte-parole d’Europe-Ecologie Les Verts. C’est inquiétant mais c’est à nous aussi de mettre nos enjeux au cœur du débat.” Sans succès pour le moment.

Une gauche minée par les divisions…

Encore profondément marquée par l’échec de 2017, la gauche se montre incapable de parler d’une seule voix. Le mandat de François Hollande est souvent ciblé comme l’origine du mal. Pour Eva Sas, “la mandature Hollande a affaibli la définition de la gauche.” Entre la promesse avortée d’une taxe à 75% pour les revenus annuels supérieurs à un million d’euros, les débats sur la déchéance de nationalité pour les terroristes ou encore la loi Travail en 2016, de nombreux électeurs socialistes ont quitté le navire. Le travail de sape d’Emmanuel Macron a fait le reste. 

“Les électeurs de centre gauche, qui traditionnellement votaient PS, ont voté massivement pour Emmanuel Macron en 2017 et c’est ce qui a expliqué le score catastrophique de Benoît Hamon, retrace Stéphane Zumsteeg. “Ces mêmes électeurs, déçus par une droitisation de la politique du président de la République, sont en partie revenus à gauche mais chez les écologistes plutôt qu’au PS.”

Europe, laïcité, économie, écologie… Entre les différentes composantes de la gauche, les sujets de discorde sont nombreux. A l’occasion de ces élections régionales, écologistes, socialistes, communistes et insoumis partent donc en ordre dispersé, chacun jouant sa propre partition avec des attelages à géométrie variable.

L’union à tout prix dès le premier tour, comme celle conclue dans les Hauts-de-France, ne suffit d’ailleurs pas à garantir la victoire, loin s’en faut. Dans cette région – la seule où toute la gauche s’est rassemblée – l’écologiste Karima Delli ne dépasserait pas la barre des 20% d’intentions de vote au premier comme au second tour, selon un sondage Ipsos/Sopra Steria publié début juin.

… et sans leader naturel

Cette incapacité à s’unir pour les régionales s’explique aussi par les grandes manœuvres en cours en vue de l’élection présidentielle de 2022. “Ces régionales constituaient une occasion de faire un banc d’essai des alliances”, analyse Daniel Boy, politologue et directeur de recherche émérite à Sciences Po Paris. Mais “Jean-Luc Mélenchon fait obstacle à l’union de la gauche car il est persuadé qu’il peut faire un meilleur score qu’en 2017”, estime-t-il. Quant à la vieille garde socialiste des proches de François Hollande, “elle est tombée de sa chaise lorsqu’il était question de s’unir avec les écolos, car elle ne veut pas qu’une candidature PS soit effacée à la présidentielle”. 

Dans ces partis, aucune tête d’affiche nationale ne fait consensus chez d’éventuels alliés. Entre La France insoumise, le PS, Génération.s ou EELV, la perspective d’une candidature unique pour la présidentielle paraît de plus en plus improbable, malgré de récentes réunions“Il y a peu de personnalités à gauche qui apparaissent comme des leaders”, souligne Daniel Boy. Un frein pour susciter la mobilisation de l’électorat de gauche.

Un électorat de gauche démobilisé

La forte abstention attendue lors des élections régionales n’arrange pas les affaires de la gauche. La participation des électeurs des milieux populaires, qui constituaient autrefois le vivier électoral de la gauche, se réduit de plus en plus. “Depuis dix à vingt ans, les classes populaires votent de moins en moins à gauche, souligne Stéphane Zumsteeg. Soit elles s’abstiennent, soit elles votent à droite.” Pour le sondeur, il est difficile dans ces conditions d’avoir d’importantes ambitions pour la gauche lors de ces scrutins régionaux. “Ces milieux ne constituent plus un réservoir naturel de voix comme ça a pu être le cas autrefois.”

Sur le terrain, cette désaffection est déjà palpable“Nous sortons d’une élection législative partielle (dans le 20e arrondissement de Paris) où nous n’avons pas arrêté de faire campagne et finalement la participation était à 15%, regrette le sénateur PS de Paris David Assouline. Sur le terrain, personne ne nous a parlé des régionales”




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