Technologie

les deux menaces qui pèsent sur l’App Store d’Apple


Alors que le procès entre Epic Games et Apple est tout juste clos, que la juge rendra, dans quelques semaines, sa décision qui pourrait avoir un impact énorme sur l’App Store, Tim Cook répondait hier, dans le cadre du salon Viva Technology 2021, à diverses questions du fondateur de Brut, Guillaume Lacroix.

DMA : le projet européen qui ébranle l’App Store

L’une d’elle portait notamment sur le rôle de la régulation dans le monde de la tech. Tim Cook a commencé par dire que la vision de son entreprise est « centrée sur l’utilisateur », sur « ce qu’il y a de mieux pour lui» Il s’est ainsi félicité de certains efforts législatifs, comme le RGPD, qui protège les données privées des utilisateurs européens et a inspiré des efforts similaires dans certains états américains.

En revanche, il n’a pas cherché à masquer son inquiétude face à un autre effort de régulation de l’Europe, le DMA, pour Digital Markets Act. Ce texte, toujours à l’état de projet, envisage d’encadrer les « plates-formes structurantes », autrement dit les Gafam, pour permettre l’émergence d’acteurs alternatifs. 

L’objectif, comme nous vous l’expliquions en décembre dernier, est que « les consommateurs aient le plus grand choix et que le marché unique reste concurrentiel et ouvert aux innovations ».

Or, pour Tim Cook, ce texte irait à l’encontre de l’intérêt des utilisateurs. 

« Le DMA en discussion à l’heure actuelle nous contraindrait au sideloading sur iPhone, ouvrant la voie à une manière alternative de télécharger des applications sur les iPhone. Cela détruirait la sécurité sur nos smartphones et les efforts de protection de la vie privée que nous avons intégrés à l’App Store, notamment avec les labels nutritionnels (qui détaillent quelles données sont nécessaires et récoltées par les applis, sur une base déclarative, NDLR). » 

La fin d’un monde verrouillé et protégé… « Sauf pour les personnes qui resteraient dans notre écosystème. Je suis très inquiet de cette question de sécurité. », a expliqué Tim Cook. Avant de continuer « Nous allons donc activement participer au débat […] C’est de notre responsabilité de dire quand quelque chose n’est pas dans l’intérêt des utilisateurs ».

Et d’enfoncer le clou, une fois encore, en se comparant à la concurrence :

« Prenons l’exemple des malwares, Android a 47 fois plus de malwares qu’iOS. Pourquoi ? Parce que nous avons conçu iOS de telle sorte qu’il y ait un seul App Store et que les applications soient validées. »

Sur ce point, les experts en sécurité sont généralement d’accord, et ne discutent pas le fait qu’un écosystème fermé facilite le maintien de la « paix » et de la sécurité. C’était notamment le cas d’un expert en sécurité de NortonLifeLock en juillet 2018, pour les dix ans de l’App Store, qui mettait en avant les dangers des magasins applicatifs tiers.

Néanmoins, Apple, qui est le chantre du choix quand il s’agit de la vie privée, ne pourrait-il pas offrir le choix de décider à ses propres utilisateurs ? Si des kiosques de téléchargement bourrés de malwares feront forcément leur apparition, pourquoi ne pas croire aussi à la puissance vertueuse de la technologie qu’Apple et les autres géants vantent si souvent ? Pourquoi ces magasins tiers ne pourraient-ils pas apporter quelque chose de plus, outre la liberté de choix ? Pourquoi ne pourraient-ils pas innover et offrir des solutions plus sûres, plus riches ? Pourquoi l’aiguillon de la concurrence, tout en réduisant au départ la sécurité, ne pourrait-il pas aboutir à encourager Apple à progresser et à offrir encore plus à ses utilisateurs ? Une solution plus sûre et riche, développée par Apple pour garder les faveurs des adeptes de l’iPhone, n’aurait-elle pas assurément la faveur du public, tout en laissant le choix, au besoin, ou à l’envi ? Une certitude, historiquement, l’innovation a prouvé qu’elle n’aimait pas les marchés dominés par un ou deux acteurs.

Une loi antitrust à domicile

Quoi qu’il en soit, le DMA n’est pas le seul texte en cours de préparation qui doit inquiéter Tim Cook en ce moment. Outre-Atlantique, un groupe de travail bipartisan au sein du parlement est en train de préparer une loi antitrust qui forcerait les géants de la tech à lâcher du lest et à ouvrir leurs plates-formes. La possible loi pourrait même restreindre les acquisitions menées par ces géants ou les obliger à quitter certains marchés.

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Mais ce texte prévoit aussi d’interdire aux géants de la tech d’empêcher les utilisateurs d’utiliser d’autres services identiques aux leurs. « Vous ne pouvez pas faire en sorte qu’il soit impossible pour les gens d’utiliser d’autres services qui font la même chose. Vous ne pouvez pas exclure d’autres acteurs afin d’être le seul en lice », commentait pour Bloomberg, David Cicilline, un élu démocrate qui porte ce projet.

Cette partie du bill en devenir pourrait donc bien menacer certaines applications préinstallées sur iOS, mais aussi et surtout l’App Store et son rôle d’unique porte d’entrée pour les programmes sur iPhone.

Par ailleurs, Apple pourrait se voir obligé de laisser les utilisateurs désinstaller ses applications par défaut, laissant le choix aux utilisateurs de télécharger les clients mails ou les navigateurs Web qu’ils souhaitent, par exemple. Et pourquoi pas, une fois encore, d’autres services de téléchargement que l’App Store.

Toutes les applis d’Apple devraient ainsi être désinstallables et remplaçables par des programmes tiers. Si le géant de Cupertino a commencé suivre cette voie depuis plusieurs années, toutes les applications préinstallées sur iOS ne sont pas supprimables, même sur iOS 15, la dernière version de son système d’exploitation mobile, annoncée lors de la keynote d’ouverture de sa WWDC, la semaine dernière.

En revanche, ce projet de loi ne semble pas prévoir d’interdire à Apple d’installer ses applications, ce qui réduira forcément l’impact de ce texte, les utilisateurs prenant souvent des réflexes et habitudes avec les applications préinstallées.

Après deux ans de croissance glorieuse pour les géants de la tech, dans un contexte de pandémie, la fin d’année 2021 et 2022 pourraient ouvrir un cycle de grands changements pour les géants de la tech après plus d’une décennie de laisser-faire. Les mois à venir pourraient être l’équivalent d’un séisme dans le paysage tech actuel. Voilà qui promet d’être passionnant.

Source : Bloomberg


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