Economie

« L’entrée des petits laboratoires sur le marché des vaccins doit être fortement favorisée par l’Union européenne »

Tribune. La coopération dans le domaine de la recherche médicale et dans le secteur pharmaceutique semble beaucoup plus efficace que la concurrence. Elle a permis de trouver rapidement des vaccins contre le Covid-19, notamment ceux à ARN messager.

Mais cette collaboration économique n’est pas allée jusqu’au bout de sa finalité. Elle n’a pas réussi à transformer cette découverte vaccinale en un bien public mondial, malgré la mondialisation de la crise sanitaire et malgré la demande de la levée des brevets sur ces vaccins par certains pays, particulièrement les Etats-Unis et la France.

Cette levée aurait pourtant permis aux pays pauvres d’accéder aux vaccins. Elle aurait aussi permis aux Etats d’être beaucoup moins dépendants des firmes multinationales pharmaceutiques.

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Le secteur pharmaceutique est aujourd’hui à la fois un système économique subventionné par les pouvoirs publics et un système économique privé régi par les lois du marché. Les accords passés entre les Etats et les firmes multinationales pharmaceutiques pour les vaccins contre le Covid en sont une illustration.

Logiques économiques paradoxales

Pour les vaccins à ARN messager, il y a eu trois décennies de financement public. A ce subventionnement public, s’ajoutent la garantie de la production et celle des ventes, assurées par les précommandes et par la délivrance des brevets des Etats.

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Sans ce financement et sans ces garanties, le groupe Pfizer et les autres industries pharmaceutiques concurrentes n’auraient jamais pu finir de développer leur vaccin et les commercialiser aussi rapidement pour lutter contre l’épidémie. Cette coopération se trouve ainsi confrontée à deux logiques économiques paradoxales.

D’un côté, satisfaire l’intérêt général à travers la santé publique, et de l’autre, satisfaire l’intérêt privé à travers l’octroi de monopoles grâce aux brevets. Or la seconde a tendance à l’emporter sur la première en s’accommodant des règles du marché gouvernant l’accès à la santé.

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Ces règles ne respectent que rarement les conditions de la concurrence garantissant un fonctionnement efficace du marché. En effet, seules quelques firmes multinationales pharmaceutiques dominent actuellement le marché. Etant les premières à avoir pu fabriquer et commercialiser leurs vaccins, elles ont acquis une position dominante.

Cette situation s’est renforcée avec les contrats d’exclusivité passés avec divers Etats, avec l’Union européenne et les quatre groupes pharmaceutiques concernés. Ces engagements imposés par ces sociétés, dissuadent la plupart des Etats à financer le développement d’autres vaccins classiques dits « inactifs » fabriqués par les PME du secteur. Ils retardent ainsi l’entrée de ces nouveaux vaccins sur le marché et, de fait, ralentissent la sortie de la crise sanitaire.

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