Economie

« La pandémie marquera, peut-être, la fin du dumping social et fiscal au sein de l’UE »

Chronique. La Hongrie de Victor Orban n’en est pas un paradoxe près. Le 10 juin, le premier ministre nationaliste et conservateur, candidat à sa réélection aux législatives de 2022, a promis de relever le salaire minimum de 167 400 à 200 000 forints (de 475 à 567 euros) par mois, en une ou plusieurs étapes. Soit une hausse de 19,4 %, que M. Orban promet d’accompagner par des baisses de taxes pour les entreprises.

Certes, cette annonce a une visée purement électoraliste. Certes, le salaire minimum hongrois restera malgré tout l’un des plus bas de l’Union européenne (UE), devant celui de la Bulgarie (332,30 euros) et de la Roumanie (458 euros).

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Cette promesse tranche néanmoins quelque peu avec l’opposition récurrente d’une partie des pays de l’Est, notamment la Hongrie, à la convergence fiscale et sociale en Europe. Et pour cause : le bas coût du travail a permis à la région d’attirer les industries en quête de main-d’œuvre bon marché. Après la chute du bloc communiste, la Pologne, la Slovaquie ou encore la République tchèque ont ainsi profité de la relocalisation d’une partie des chaînes de production automobiles allemandes, au profit de leur croissance.

Mais ce modèle atteint ses limites. La montée en gamme industrielle à laquelle aspirent désormais ces pays s’accompagnera, forcément, d’une remontée des salaires. Elle a déjà commencé. D’autant que les classes populaires et moyennes locales sont demandeuses d’un modèle social plus généreux.

C’est d’ailleurs en promettant de répondre à ces aspirations que Droit et justice (PiS), le parti eurosceptique polonais, est revenu au pouvoir en 2015. Dans le cadre d’une vaste politique d’allocations, il a notamment distribué 500 zlotys (110 euros) par enfant et par mois aux familles, sans conditions de revenu. M. Orban s’inspire aujourd’hui du PiS en promettant également une série d’aides aux Hongrois.

Deux tendances à l’œuvre

De telles mesures sont loin de remplacer la construction d’un véritable Etat-providence et elles s’accompagnent d’un volet conservateur et autoritaire sur le plan sociétal. Il n’empêche : doucement mais sûrement, le « rattrapage » de l’Est se poursuit. « Les Etats membres de l’UE ont vu leurs salaires minimums, tout comme leurs salaires moyens, converger durant la décennie passée », souligne une récente étude de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound).

Cette convergence est le fruit de deux tendances : la croissance modeste des salaires minimums dans les pays où leur niveau est élevé (Belgique, France, Allemagne, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas) et le « progrès remarquable », note Eurofound, de ceux des pays dans lesquels ils sont encore faibles, comme la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne ou la République tchèque, où ils ont presque doublé sur la période. Ce n’est pas tout : contrairement à la crise de 2008, où nombre d’Etats avaient taillé ou gelé les salaires minimums, la plupart d’entre eux les ont maintenus voire augmentés, en 2020 (+ 3 % en moyenne).

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