Economie

Entre paillote de plage et radeau de sauvetage, la palette au secours des bistrots

Visuellement, le coronavirus aura profondément modifié l’espace public, jetant dans les rues des millions de citadins masqués. L’autre nouveauté majeure est l’apparition sur nos radars oculaires de gigantesques terrasses bricolées, mettant à l’honneur un matériau de fortune : la palette en bois, créée aux Etats-Unis dans les années 1940 pour la manutention dans les entrepôts de la marine et produite à 46,5 millions d’unités en France en 2019. Soyons francs : il eût fallu être un futurologue sacrément affûté pour, au tournant du XXe siècle, imaginer que la mégapole de demain ne serait pas parcourue de voitures volantes, mais allait ressembler à une plage corse.

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Ce devenir paillote du paysage urbain, d’autant plus notable lorsqu’il tranche avec la rigueur unificatrice d’un Paris haussmannien, ne plaît pas à tout le monde, certains en dénonçant le laisser-aller au travers du hashtag #saccageparis. Panique non seulement visuelle mais également morale, car la palette fait aussi penser à la ZAD (zone à défendre), cet espace érigé contre l’ordre établi.

Usage détourné

Si l’on déplace un peu son regard, on peut néanmoins voir ces lieux de convivialité de manière positive, comme des radeaux de fortune auxquels tout un chacun, bistrotier, client, s’arrimerait afin d’éviter le naufrage. Produit détourné de son usage premier (le transport de marchandises), la palette, souvent faite de pin, d’épicéa, est une planche de salut, qui traduit le caractère à la fois omniprésent et presque invisible de la logistique.

Dans un monde saturé de normes, la crise sanitaire aura remis sur le devant de la scène l’intérêt du bricolage, cet art de s’accommoder des circonstances

Pour tenter de percer les mystères de ce nouvel arte povera dérivé du grand commerce mondial, nous décidons de partir en reportage sur une terrasse parisienne du 19e arrondissement. Ici, la palette a servi à dresser des remparts de planches pour délimiter l’espace entre un boulevard passant et l’aréopage de tables depuis lesquelles les clients regardent s’écouler un flot de voitures presque ininterrompu. On est un peu à Paris, un peu à L’Ile-Rousse. D’énormes boîtes de conserve de sauce tomate transformées en pots de fleur et des fanions en plastique complètent le décor de cette paillote urbaine où les menus, préparés « with love », s’affichent avec force smileys.

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Cet espace, dans lequel la palette a également servi à construire des jardinières, traduit à la fois un besoin d’extension du domaine trop longtemps comprimé de l’hédonisme, et une invitation subreptice au relâchement. Dans un monde saturé de normes, la crise sanitaire aura remis sur le devant de la scène l’intérêt du bricolage, cet art de s’accommoder des circonstances.

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