Economie

« Face aux titans du numérique, il a manqué à Qwant les moyens de ses ambitions »

En voyage sur le Vieux Continent, le président des Etats-Unis, Joe Biden, fait la leçon à l’Europe. Oubliez Moscou, l’ennemi commun est désormais à Pékin. On espère que le président n’a pas trop surfé sur l’Internet français. Il y aurait appris, suite à un article du site Politico, que le moteur de recherche français Qwant, surnommé le « Google européen » et soutenu à bout de bras par la France, l’Allemagne et la Commission européenne, venait de décrocher un financement de 8 millions d’euros de la part de Huawei, la bête noire de Washington.

Le champion chinois des équipements télécoms, qui dépense des fortunes en lobbying pour restaurer son image en Europe, vole au secours d’un espoir déçu de plus. Bien sûr, le très actif septuagénaire Joe Biden pourra afficher un air condescendant. Ces 8 millions ne représentent même pas deux heures de bénéfice net de Google.

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Et puis Qwant, fondé en 2013 sur les promesses du respect de la vie privée et d’une certaine indépendance par rapport aux mastodontes californiens, est en fait dans la main d’un autre titan, Microsoft. Ce dernier assure en effet près de 60 % des résultats de recherche de Qwant avec son propre moteur, Bing. De plus, c’est également Microsoft qui assure la régie publicitaire ainsi qu’une bonne part de l’infrastructure informatique du français. En matière de souveraineté, on pourrait faire mieux.

Soutien public

L’idée de départ était pourtant louable : s’affranchir de la tutelle d’un outil américain qui a construit son hégémonie et l’efficacité de son service sur l’exploitation des données personnelles de ses utilisateurs. Et après tout, le coréen Naver ou le russe Yandex ont démontré que l’on pouvait réussir à faire prospérer un moteur de recherche local.

De plus, les initiatives à base de logiciel libre, comme DuckDuckGo, ont elles aussi trouvé leur chemin. Mais il a manqué à Qwant les moyens de ses ambitions. Trois ans après sa création, à Séoul en 1999, Naver avait fusionné avec un portail de jeu très populaire et s’était introduit en Bourse, puis lancé dans la messagerie instantanée.

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Qwant n’a pourtant pas manqué de soutien public. La Banque européenne d’investissement, la Caisse des dépôts, l’Allemand Axel Springer ont apporté leur soutien financier. L’administration française l’a installé par défaut sur ses ordinateurs. Mais, en 2013-2015, il était déjà trop tard dans cette spécialité hautement capitalistique de la recherche sur Internet avec une technologie balbutiante et sans modèle d’affaires solide. En 2020, la société a réduit ses pertes à 13 millions d’euros, soit presque deux fois son chiffre d’affaires. Pour affronter les titans, il faut une stratégie, des moyens et un bon sens du timing. Pas facile.


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