Economie

Bertrand Camus, fer de lance de l’opposition à Veolia, va quitter la direction de Suez

Bertrand Camus, le directeur général de Suez, à Croissy-sur-Seine (Yvelines), le 20 novembre 2020.

Avis aux candidats et aux cabinets de chasseurs de tête : le poste de directeur général de Suez est à prendre dans quelques mois. Son titulaire, Bertrand Camus, a annoncé aux 90 000 salariés du groupe, mardi 15 juin, qu’il quitterait ses fonctions une fois achevée la fusion d’une partie du groupe de gestion de l’eau et des déchets avec Veolia. Dans un entretien au Figaro, celui qui s’était farouchement opposé à ce mariage explique qu’après avoir « beaucoup réfléchi », il a « décidé de ne pas faire partie de l’aventure du nouveau Suez », même si celui-ci possède « tout ce qu’il faut pour rebondir ».

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En 2020, Suez a affiché un chiffre d’affaires de 17,2 milliards d’euros. Au terme de son absorption par son rival historique, ce qu’il reste du numéro 2 mondial des services à l’environnement ne pèsera plus que 7 milliards, face aux 38 milliards de Veolia. M. Camus jugeait l’opération « funeste pour la France », car elle allait se traduire, selon lui, par moins d’emplois, d’innovation et de concurrence sur les prix. Des arguments qui avaient résonné à l’oreille des syndicats, du gouvernement et des élus locaux. Pour marquer son rejet, il n’était pas présent au côté du président de Suez, Philippe Varin, lors de la signature, le 11 avril, de l’« accord du Bristol » mettant fin aux hostilités.

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M. Camus a-t-il bien pris la mesure du danger quand, fin juillet 2020, le président d’Engie, Jean-Pierre Clamadieu, a laissé entendre que ses 32 % dans Suez étaient enfin à vendre ? Il n’est pas parvenu à monter une contre-offre capable de briser les ambitions d’Antoine Frérot, le PDG de Veolia, qui rêvait d’une telle fusion depuis plus de dix ans. Mais cette contre-attaque était presque impossible depuis que Engie avait cédé à Veolia, en octobre 2020, 29,9 % de ses actions dans Suez.

Il a obtenu une amélioration des garanties sociales de ses salariés, qui dureront cinq ans, même si M. Frérot s’était engagé dès le début sur ce point. Et durant sept mois, il est aussi parvenu, avec M. Varin, à conserver l’ensemble des activités françaises (et pas seulement l’eau), y compris la pépite de la recherche et développement, ainsi que des actifs importants à l’étranger (Italie, Inde, Chine…). Ces 40 % de l’ancien Suez seront gérés par un consortium regroupant le fonds français Meridiam, l’américain Global Infrastructure Partners et la Caisse des dépôts et consignations, des financiers rompus à la gestion de grandes infrastructures.

« Trouver un nouveau chemin »

Le nouveau périmètre constitue, selon M. Camus, une bonne base pour partir à la conquête de marchés porteurs. Comme les pays d’Asie, où la demande de services à l’environnement des mégapoles et des industries est considérable, et le savoir-faire français, reconnu. « Pour bâtir le nouveau Suez, il faudra trouver un nouveau chemin, car le monde a changé », et donc une nouvelle équipe, écrit-il dans son message aux salariés, envoyé après l’annonce de son départ au conseil d’administration.

A 54 ans, cet ingénieur des Ponts et chaussées s’était peu à peu imposé à la tête d’une entreprise où il était entré en 1994. Il y a occupé de nombreux postes, en France et à au niveau international, avant de finir par remplacer Jean-Louis Chaussade, en mai 2019, avec le blanc-seing du patron historique de Suez, Gérard Mestrallet.

Les futurs actionnaires n’auront vraiment les cartes en main que dans plusieurs mois, mais rien ne leur interdit de nommer rapidement un successeur

Il s’était aussitôt attelé à l’élaboration de son plan stratégique « Shaping Suez 2030 ». Présenté en octobre 2019, il prévoyait un recentrage sur les activités plus technologiques et à forte valeur ajoutée, afin de s’adapter à un monde de plus en plus technologique et de détrôner Veolia. Ce plan est devenu obsolète avec le nouveau périmètre de l’ancienne Lyonnaise des eaux, qui ne pourra plus rivaliser avec l’ex-Compagnie générale des eaux que dans quelques pays.

M. Camus restera à son poste pour veiller à ce que la transition se passe bien, souligne-t-il. Les futurs actionnaires n’auront vraiment les cartes en main que dans plusieurs mois, mais rien ne leur interdit de nommer rapidement un successeur. Des noms circulent déjà. « Ma préférence va bien évidemment à un choix interne, confie-t-il au Figaro, à un patron qui connaisse les équipes et les métiers ». Comme lui il y a seulement deux ans.


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