Economie

« Le cobalt symbolise le grand dilemme de la transition énergétique, celui des matières premières »

Dans une usine de transformation du cobalt, à Lubumbashi, en République démocratique du Congo, en février 2018.

Pertes & profits. Au Moyen Age, les mineurs saxons l’ont cru ensorcelé par des nains maléfiques, les kobolds, tant son raffinage dégageait des vapeurs toxiques. Aujourd’hui encore, le cobalt reste hanté par les esprits malins. Il symbolise à lui seul le grand dilemme de la transition énergétique, celui des matières premières. Le minerai est indispensable à la composition des batteries de voitures électriques. Mais son prix est tellement volatil et ses conditions d’extraction sont si controversées que cela pourrait compromettre la réussite de la conversion des constructeurs automobiles au tout-électrique.

Le cours du cobalt a progressé de 24 % depuis le début de l’année, et si l’on en croit les analystes de Goldman Sachs, la valeur du lithium et du cobalt, mais aussi du nickel, les trois composants de base d’une batterie moderne, pourrait rapidement doubler. Comme les matières premières constituent désormais plus de 50 % du prix d’une batterie, qui elle-même représente 40 % du coût d’une automobile électrique, c’est tout l’édifice qui est fragilisé.

Lire la chronique : Matières premières : « Cette fois, le supercycle est de retour »

C’est la raison pour laquelle, selon le Financial Times, lundi 14 juin, Goldman Sachs entend être la première banque à proposer des couvertures financières aux constructeurs automobiles pour les protéger d’une trop grande variation des cours du cobalt. A la manière des compagnies aériennes, qui se couvrent contre la hausse du kérosène. Mais pour offrir un tel service, la banque doit à son tour se protéger en constituant un stock physique.

Les profits explosent

Ce sera d’autant moins simple que le prix de ce métal ensorcelé ne peut que grimper. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande de cobalt devrait être multipliée par 20 d’ici à 2040. Or, selon la même agence, les mines existantes ou en projet ne représentent que la moitié des besoins futurs. Même chose pour le lithium. Les grandes compagnies minières n’ont pas peur des méchants kobolds, mais gardent un souvenir cuisant du précédent cycle des matières premières, qui avait abouti sur des surinvestissements considérables et sur des faillites en cascade. Elles préfèrent donc rendre l’argent aux actionnaires plutôt que d’investir, alors que les profits explosent.

La Banque royale du Canada estime que les trois géants du secteur, Rio Tinto, BHP et Glencore devraient engranger, cette année, près de 140 milliards de dollars (115,5 milliards d’euros) de profits bruts (Ebitda), trois fois plus qu’en 2015, alors que leurs investissements sont plus faibles qu’il y a dix ans. Et même s’ils se décidaient enfin à casser leur tirelire, il leur faudrait au moins dix ans pour ouvrir de nouvelles mines, si ce n’est plus, compte tenu des oppositions qui fleurissent à la moindre intention, du Groenland à Java, sans parler de l’Europe ou des Etats-Unis.

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