Economie

« La pensée sur la conjonction de la crise sociale et de la crise écologique souffre d’un face-à-face stérile »

Tribune. La crise écologique est avérée. La conjonction de la crise sociale et de la crise écologique l’est davantage encore. La pensée sur cette conjonction souffre, quant à elle, d’un face-à-face aussi stérile conceptuellement que désespérant stratégiquement.

D’un côté, les discours et les opportunités pour une croissance économique verte, inclusive, voire pour une finance verte, se multiplient en vidant le message écologique de sa portée subversive. On laisse croire à la capacité du marché à réduire les émissions de gaz à effet de serre, à protéger la biodiversité, à réduire la pollution, à économiser l’eau, dès lors qu’on permettra au marché de fixer des prix censés conduire au meilleur état possible de la planète.

Un arc philosophique

Pendant ce temps, la spéculation bat son plein sur le cours des matières premières, la « valorisation des écosystèmes » devient un nouvel eldorado, l’eau un actif financier, tandis que l’ONU se penche sur la « valeur de l’eau », et les financiers se félicitent que l’année 2021 se présente comme « l’année des obligations vertes ». Plein cadre pour fustiger « l’écologie punitive », orchestrer un « greenwashing » permanent ou délégitimer les marches pour le climat.

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De l’autre côté, se forge un arc philosophique qui entend récuser toute vision qui n’étende pas à l’ensemble des éléments matériels de la planète, sinon de l’univers, le caractère de « vivant ». Ainsi, une tribune signée par près de 70 personnalités et institutions venant de la philosophie, de l’anthropologie, des sciences ou de la politique, entend « penser les glaciers comme des acteurs d’un monde que nous habitons en commun » (Le Monde, 6 mai 2021).

S’il s’agissait vraiment et seulement de « réinventer des formes de relation à la montagne », si l’enjeu n’était que de rompre avec une « simple relation d’utilitarisme », et, en l’occurrence, de refuser l’installation d’un nouveau tronçon de téléphérique dans le massif alpin, nouvel avatar de « grand projet inutile », nous adhérerions totalement sans aucune restriction.

Mais les auteurs de cette tribune vont beaucoup plus loin que d’imaginer de nouvelles pratiques rendant compatibles le pastoralisme et une pratique douce de la montagne.

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Pour eux, il faut considérer les glaciers en train de « mourir » comme des « êtres vivants » qui sont des « acteurs à part entière ».

Ici doit commencer une discussion qu’il serait dangereux de croire close. Le terme « acteur » doit être interrogé. Si les glaciers, les océans sont les « acteurs à part entière » que prétendent les auteurs de la tribune, cela signifie qu’ils pensent leur action, qu’ils sont animés d’une intentionnalité, ni plus ni moins que les êtres humains qui sont en train de penser sur eux.

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