Politiques

Regard sur l’info. Violences politiques

Violences politiques, emballement médiatique et hystérisation des débats, le livre dirigé par Isabelle Sommier est une somme inédite sur les violences politiques, hormis les attentats djihadistes, de 1986 à nos jours. (Illustration)
Violences politiques, emballement médiatique et hystérisation des débats, le livre dirigé par Isabelle Sommier est une somme inédite sur les violences politiques, hormis les attentats djihadistes, de 1986 à nos jours. (Illustration) (SOPA IMAGES / LIGHTROCKET / GETTY IMAGES)

Isabelle Sommier est professeur de sciences politiques à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et vient de diriger au printemps 2021 le livre Violences politiques en France aux Presses de Sciences Po. Un livre d’actualité, on l’a vu avec la gifle adressée au chef de l’État, Emmanuel Macron.

Thomas Snégaroff : Comment la sociologue des violences politiques analyse-t-elle la gifle reçue par le président de la République cette semaine ? 

Isabelle Sommier : Alors dans un premier temps, j’ai voulu prendre du recul. Il y a un emballement des discours médiatiques et une hystérisation des débats. Puis en entendant les propos de l’auteur de la gifle, je me suis dit qu’il était symptomatique d’une forme de radicalité, une norme perçue comme subversive par l’ordre politique. Et là, ça a été le cas : comparution immédiate et assez lourdement condamné. À l’inverse de celui qui avait attrapé Nicolas Sarkozy dans des circonstances proches.  

Ça veut dire que notre tolérance à l’égard de la violence est moindre, que le pouvoir politique est plus intransigeant qu’hier ? Que le pouvoir fait lui-même davantage preuve de violence ? 

Effectivement, on est beaucoup moins tolérant à l’égard des phénomènes qui sont considérés comme violents, alors même que objectivement, la violence, en dehors des attentats djihadistes, est bien moindre que dans les années 70. Encore bien moins que dans l’entre-deux-guerres. 

Votre livre s’ouvre au milieu des années 1980, est-ce qu’on est aujourd’hui dans un moment particulièrement violent (on pense aux gilets jaunes, aux black-blocks) ou bien c’est un prisme médiatique qui exagère les faits ? 

Sûrement qu’il y a un prisme médiatique en raison de quatre chaînes d’information en continu et il y a aussi les réseaux sociaux. Mais la forme de la violence a changé. Au XXe siècle, on avait des organisations structurées qui préparaient des attentats. Aujourd’hui, on a des groupes informels, voire des individus comme ce monsieur, qui agissent sur un coup de tête, avec des atteintes surtout aux biens et moins aux personnes. D’une certaine manière, on voit la pacification à l’œuvre… 

Ça veut dire que ces nouvelles formes de violence sont plus difficiles à anticiper et à insérer dans un discours politique ? 

Tout à fait. On le voit à l’occasion des manifestations qui ont une dynamique émeutière fréquente du fait qu’elles ne sont plus autant encadrées par les syndicats. Ce sont aussi des gestes individuels. C’est tout de même la délégitimation des corps intermédiaires qui fait que, on l’a vu avec la gifle adressée à Emmanuel Macron, le roi est nu d’une certaine manière…


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