Economie

« Le rôle de l’Etat et des collectivités n’est pas de céder au chantage à l’emploi d’une usine vieillissante et polluante »

Tribune. Une multinationale indonésienne aux mains d’une richissime famille laisse se dégrader depuis dix ans l’usine de pâte à papier Fibre Excellence Tarascon (FET), et porte gravement atteinte à la santé et l’environnement de 100 000 personnes sur quatre communes – rejets de toxiques majeurs dans l’air et le Rhône, dont l’usine est le plus gros utilisateur et pollueur ; nuisances sonores ; contamination des sols et suspicion de contamination des nappes –, sans aucune prise en compte des recommandations de l’agence régionale de santé sur le risque sanitaire couru par les riverains.

Parmi les polluants atmosphériques avec dépassements constatés : cadmium, somme des métaux lourds cadmium-titane-mercure, somme des métaux lourds antimoine-chrome-cobalt-cuivre-étain-manganèse-nickel-plomb-vanadium-zinc.

Sont aussi rejetés dioxyde de soufre (SO₂) et sulfure d’hydrogène (H₂S), oxydes d’azote (NOx)… Quant aux poussières, un contrôle vraiment inopiné avait par exemple révélé, en 2016, un taux de poussières sept fois supérieur au seuil déclaré par l’exploitant, et vingt-sept fois supérieur à la moyenne autorisée.

Concernant le Rhône, de forts taux d’AOX (composés halogénés absorbables), phosphore, chlore, métaux lourds, et surtout une forte demande chimique en oxygène ont été relevés.

Lire aussi « La pollution des sols urbains reste une préoccupation marginale »

L’Etat et le gouvernement sont complices de cette pollution : depuis dix ans, quatre arrêtés de mise en demeure et huit arrêtés d’urgence ont été pris par l’Etat à l’encontre de cet industriel pour non-respect de ses obligations réglementaires et mise en danger. Or, rien ne s’est passé jusqu’en 2018, où, sous la pression, des travaux très insuffisants ont été entrepris ; plus rien depuis. Pire, le gouvernement a alors octroyé des exonérations sur les taxes dues à l’Agence de l’eau, et il subventionne l’exploitant.

Cette usine vieillissante classée Seveso, en proie à la corrosion, semble une bombe à retardement, enchaînant désormais incidents (incendie, pollutions accidentelles) et pannes, avec redémarrages au fioul lourd, très polluant, pouvant faire craindre un accident industriel de type AZF ou Lubrizol. Un début d’accident dû à des fuites a eu lieu le 7 mai, bloqué par le déclenchement inédit de la procédure d’arrêt d’urgence. Et un accident similaire est survenu le 15 mai à Fibre Excellence Saint-Gaudens, l’usine jumelle.

Un moratoire de deux ans

Tout cela largement aux frais de l’Etat français, qui s’empresse de voler à son secours, avec le soutien de politiques qui ne voient que l’emploi et le maintien d’un outil industriel à n’importe quel prix, et de la très puissante et influente filière bois-forêt, montée au créneau avec force mensonges sur le nombre d’emplois menacés en son sein.

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