Economie

« Le renouvellement de la radio a toujours été une affaire de jeunes »

Dans le studio d'enregistrement de la radio libre NRJ, les deux principaux animateurs, Mitsou (à gauche)) et Marc Scalia, ouvrent l'antenne le 04 décembre 1984, à Paris.

Jean Lebrun produit des émissions pour France Inter telle « La Marche de l’histoire » (jusqu’en 2020) ou « Intelligence Service ». Il est l’auteur d’une chronique quotidienne, « Le Vif de l’histoire ».

La radio a 100 ans, est-elle si différente de ce qu’elle était à ses débuts ?

Je peux établir une comparaison superficielle. Aux débuts de la radio, les gens construisaient eux-mêmes leurs récepteurs, c’était facile. Il y en avait de toutes sortes, de tout format, dans des bois différents, sur lesquels les auditeurs étaient très fiers de trouver des fréquences qui n’avaient pas été atteintes par leurs voisins. Capter une fréquence française, ce n’était pas si difficile, mais avoir le poste de Leipzig ou toute autre fréquence étrangère à laquelle les autres n’avaient pas pensé, c’était autre chose ! C’est ainsi, par une sorte de balade géographique, que les gens composaient leur programme. L’autoproduction de l’auditeur, ce n’est donc pas un phénomène si nouveau que ça.

La radio est le média auquel les gens accordent le plus leur confiance, alors que, paradoxalement, elle a d’abord été utilisée comme un instrument de propagande…

On a même dit que, sans la radio, il n’y aurait pas eu le fascisme… Pendant la seconde guerre mondiale, il y avait Radio Vichy (la radio d’Etat ensuite rapatriée à Paris), Radio Paris et Radio Londres, avant que la concurrence se concentre bientôt entre Paris et Londres. Elles inventent alors ce mélange de divertissement et d’information que l’on connaît encore aujourd’hui. Sur Radio Paris, le collaborationniste Philippe Henriot jouait du bobard, racontant volontairement des fausses nouvelles – on parlerait de « fake news » aujourd’hui –, alors que Radio Londres, même si elle a parfois une politique d’omission de la vérité, fait quand même de celle-ci une lanterne dans la nuit.

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Ce qui fait donc la différence aux oreilles des auditeurs, c’est l’exactitude. C’est aussi la raison pour laquelle le présentateur de la Radio suisse René Payot a été accueilli triomphalement à Paris au lendemain de la Libération ! Depuis Genève, il était l’incarnation de l’objectivité, au sens de la neutralité.

Les radios militantes, telles que Radio Verte Fessenheim, née en 1977, ou Lorraine Cœur d’acier, en 1979, qui ont éprouvé la liberté des ondes avant 1981, ont-elles pu contribuer à la confiance et à l’affection pour ce média ?

Je ne sais pas si elles ont eu beaucoup d’influence sur l’opinion, car leur existence reste marginale. En revanche, elles ont maintenu la flamme de la radio dans la jeunesse. Car c’est une constante : à chacune des étapes de son histoire, la radio est une affaire de jeunes gens. Quand Maurice Privat présente le journal parlé dès les années 1920, il a 25 ans. Les membres des équipes de Radio Londres et Radio Paris ont entre 20 ans et 30 ans. Les radios libres émergent sous l’impulsion de jeunes passionnés. Aujourd’hui, les producteurs de podcasts sont jeunes.

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