Economie

La Russie à l’assaut contre les médias indépendants

A Moscou, le 6 avril 2021, dans les studios de Radio Free Europe-Radio Liberty, classée « agent étranger » par le pouvoir russe en 2017.

Pour Alexander Gubsky, la période a un air de triste déjà-vu. En 1998, à la veille du terrible krach financier qui allait secouer la Russie, ce journaliste faisait partie des fondateurs de Vedomosti, quotidien économique unique, soutenu à la fois par le Financial Times et le Wall Street Journal. En 2020, le travail d’une vie s’effondre. Vedomosti, si fier de son indépendance, est racheté par deux hommes d’affaires liés au pouvoir.

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« Cette opération était à 100 % politique, se souvient Alexander Gubsky. Le Kremlin ne veut pas forcément un contrôle direct sur chaque média, mais l’idée que certains d’entre eux échappent à tout contrôle lui est insupportable. » Nomination d’un nouveau rédacteur en chef, premiers articles censurés, disparition des articles politiques sensibles… les soupçons du journaliste se confirment. Et puis il y a les précédents RBK et Kommersant, les deux autres quotidiens économiques, qui ont connu la même mésaventure quelque temps plus tôt.

M. Gubsky et la majorité de ses troupes quittent le navire pour fonder VTimes, un site d’information économique qui se distingue rapidement par son sérieux, notamment dans le traitement des nouvelles technologies et de la transition écologique. Le site ne s’interdit pas d’aborder les sujets politiques, prudemment rangés dans une rubrique « société ». Le succès se dessine, encore modeste – 1,5 million de pages vues par mois et quelques dizaines de milliers de fidèles, mais on parle là de l’élite russe. Selon les plans de ses concepteurs, VTimes devait devenir rentable en trois ans. Il n’en aura pas l’occasion.

Label infamant

A 52 ans, Alexander Gubsky voit pour la deuxième fois s’effondrer un projet qu’il a porté à bout de bras : le 3 juin, le site a annoncé sa fermeture, effective le 12. La raison : le classement du média comme « agent de l’étranger » par les autorités, au mois de mai, en vertu d’une loi de 2018. Les effets sont immédiats : VTimes devient toxique, les sources comme les annonceurs prennent la fuite. « Pour tout le monde, ce vocable est équivalent à celui d’ennemi du peuple du temps de Staline », assure M. Gubsky.

Classé « agent de l’étranger », « VTimes » devient toxique, les sources comme les annonceurs prennent la fuite

Autre point avancé par le rédacteur en chef, la sécurité de ses équipes : rien ne garantit que des poursuites criminelles ne soient pas engagées contre eux à l’avenir. Jusqu’à sa fermeture, VTimes s’est conformé à la réglementation, qui exige d’afficher le label infamant sur chaque publication (y compris sur Twitter, où l’annonce occupe… 221 signes). Pourtant, Alexander Gubsky réfute l’idée que son média, financé par des investisseurs russes, soit un « agent de l’étranger ». Selon lui, la justice a avancé comme unique argument que son nom de domaine avait été acheté depuis les Pays-Bas.

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