Economie

Arte Radio, le succès d’une pionnière française du podcast

Deux millions d’écoutes. A Arte Radio, le succès du podcast « Gardiens de la paix », mis en ligne au début du mois de juin 2020, n’en finit pas d’impressionner. Dépourvu d’effets sonores et de toute facilité, ce documentaire d’Ilham Maad donne à entendre, une demi-heure durant, l’effarant racisme et l’infernale homophobie exprimés sans complexe au sein d’un groupe WhatsApp par des policiers suprémacistes. Si le monde français du podcast attend encore son blockbuster, « Gardiens de la paix » pourrait bien être celui d’Arte radio.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La radio, une centenaire en pleine crise existentielle

Après dix-huit années de réussite critique, l’audience de la plate-forme audio a été multipliée par deux en 2020, avec une moyenne 1,5 million d’écoutes mensuelles. Un succès qui doit beaucoup à la qualité des 2 000 créations sonores disponibles sur son site, un peu au confinement qui a poussé les auditeurs à la découverte et encore un peu aux premiers spots de pub jamais diffusés sur la grande sœur de la chaîne de télé Arte. « Depuis janvier 2020, nous avons, avec Bruno Patino, une direction qui nous soutient et qui sait ce qu’est la révolution podcast », se félicite Silvain Gire, cofondateur et responsable éditorial d’Arte Radio.

Huit salariés, 400 000 euros de budget

Le quinquagénaire observe la frénésie qui s’est emparée du secteur avec ironie : « On nous vend le podcast comme un truc de start-uppers qui va créer une croissance infinie, ce qui est stupide alors qu’il est né dans un service public de la télévision française. » Et fonctionne avec seulement huit salariés permanents, dont trois à mi-temps, et 400 000 euros de budget annuel.

« Chez nous, pas de podcast qui obéisse aux lois du marché, mais une méthode artisanale et une politique d’auteurs », revendique cet éleveur de talents radiophoniques, fier d’avoir devancé puis accompagné les mouvements de libération sexuelle des années 2000, le renouveau de la parole féministe, ou encore les réflexions sur le genre ou le concept de « race ». « Nos premiers podcasts sur les enjeux du féminisme ont précédé le mouvement #metoo de quelques semaines », aime-t-il rappeler. Certaines de ces créations sont devenues des classiques (les confrères de Silvain Gire parleraient de « marques »), et nombre d’auteurs pour Arte Radio ont contribué au développement de la culture du son et du podcast dans l’écosystème français.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Jean Lebrun : « Le renouvellement de la radio a toujours été une affaire de jeunes »

Les réalisateurs Mehdi Ahoudig (le documentaire « Poudreuse dans la Meuse ») ou Sabine Zovighian (la fiction documentée « De guerre en fils »), les productrices Delphine Saltel (le rendez-vous « Vivons heureux avant la fin du monde ») ou Charlotte Bienaimé (« Un podcast à soi »), la journaliste Elodie Font (« Coming In », reportage intime aux sources de la propre homosexualité de l’autrice) ne font peut-être pas la « une » des magazines, mais certaines de leurs œuvres ont décroché quelques-unes des 50 récompenses internationales accordées aux créations d’Arteradio.


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page