Economie

En Bretagne, le journalisme sous tensions

Rassemblement de soutien à la journaliste Morgan Large (au centre, de dos), victime d’actes de sabotage, à Rostrenen (Côtes-d’Armor), le 6 avril 2021.

C’est peu de dire que ces derniers mois auront été épuisants. Jamais, avant l’automne 2020 et la décision de lancer Splann !, chacun des fondateurs de cette ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne n’avait eu à s’aventurer dans autant de territoires inconnus : déposer les statuts d’une association à but non lucratif, gérer 61 272 euros de dons (au mercredi 9 juin), nouer des partenariats avec d’autres médias, communiquer autour de ce projet de « journalisme de transformation sociale ». On a beau avoir la foi et moins de 30 ans, le repos manque parfois…

Mais d’ici à quelques jours, le premier fruit du travail que Sylvain Ernault, Juliette Cabaço Roger, Gwenvaël Delanoë, Kristen Falc’hon et Faustine Sternberg ont coordonné depuis le comité éditorial de Splann ! (« clair », en breton) qu’ils composent paraîtra enfin au grand jour. Signée de Caroline Trouillet (lauréate, en 2018, du prix du reportage de la revue XXI et France Info), cette enquête révélant « une pollution atmosphérique négligée, qui prend naissance en Bretagne, mais touche d’autres régions » paraîtra sur les sites de l’ONG et de Mediapart. Les antennes des radios Breizh (Radio Kerne, Arvorig FM, Radio Kreiz Breizh…) et France 3 Bretagne s’en feront également l’écho. Ensuite, qui voudra s’emparera du sujet comme bon lui semble, puisque à Splann !, on considère l’information comme un bien public.

Avant d’en arriver là, c’est un autre type de fatigue qui avait saisi les jeunes gens à l’origine de ce nouveau média, pour la plupart titulaires d’un diplôme universitaire de technologie (DUT) journalisme décroché à l’IUT de Lannion (Côtes-d’Armor). A la fin du premier confinement, le 8 mai 2020, la lecture d’une tribune de soutien à la journaliste Inès Léraud, publiée par Libération, provoque chez ces bouillonnants Bretons d’origine ou d’adoption une forme d’accablement et de révolte. Cela ne peut plus durer.

« Un tournant »

Ils ne peuvent plus tolérer que la réalisatrice du « Journal breton », pour France Culture, et coautrice, avec Pierre Van Hove, de la BD enquête Algues vertes : l’histoire interdite (La Revue dessinée, Delcourt, 2019), soit intimidée, assaillie de menaces de procès, empêchée d’assister à un salon du livre local parce que ses enquêtes dérangent l’ultrapuissante industrie agroalimentaire bretonne. « Il fallait, au côté du comité de soutien à Inès Léraud, une initiative qui vienne des journalistes », explique Sylvain Ernault, présentateur de journaux dans une radio dont il tait le nom afin que son employeur ne puisse rien lui reprocher.

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