Economie

Crise du Covid-19 et liquidations de commerces : des chiffres très paradoxaux

Plus d’un an après le début de la crise sanitaire, certains commerces, jugés « non essentiels », ont été contraints à la fermeture lors des trois confinements. Les restaurateurs, eux, ont pu rouvrir leur terrasse le 19 mai, et leur salle le 9 juin, près de neuf mois après leur fermeture.

Le soutien de l’Etat à ces commerces a permis de retarder une vague redoutée de faillites commerciales. Ainsi, et c’est contre-intuitif, le nombre de commerces au bord de la faillite a été réduit de 37 % entre 2019 et 2020, d’après les chiffres des greffiers des tribunaux de commerce pour l’ouverture des procédures collectives dites de « sauvegarde », de « redressement » ou de « liquidation » judiciaires des commerces. Il en va de même pour les établissements du secteur de l’hôtellerie et de la restauration.

Les tribunaux de commerce permettent d’avoir une idée globale de la situation, car ce sont eux qui sont compétents pour juger les procédures liées aux commerces. En effet, en cas de difficultés financières, les entreprises (et les commerces) sont placées sous contrôle judiciaire dans le cadre de procédures collectives pour organiser le règlement de leurs créances. Selon le degré de gravité de leur situation financière, le tribunal ouvre une procédure appropriée : sauvegarde, redressement ou liquidation.

Les chiffres présentés ci-dessous proviennent de l’Observatoire statistique du Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce (CNGTC) et appréhendent l’ensemble des commerces en difficulté (établissements aussi bien en procédure de sauvegarde, de redressement, que de liquidation judiciaire).

La tendance s’est même accentuée les premiers mois de cette année ; le nombre de procédures lancées pour défaut de paiement pour l’ensemble des commerces a chuté de 36,9 % entre les cinq premiers mois de 2019 et 2020, et de 56,8 % pour la même période de 2021 comparée à celle de 2019. Concernant l’hôtellerie et la restauration, c’est une baisse des procédures de faillite enregistrées de 39,9 % entre janvier et mai 2020 et 2019, s’accentuant jusqu’à − 68,9 % entre les cinq premiers mois de 2021 et 2019.

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Ces chiffres témoignent avant tout du dispositif d’aides mis en place pour faire face à la crise (prêt garanti par l’Etat, chômage partiel, arrêt des assignations en procédure de l’Urssaf et des impôts).

En analysant les chiffres des mois d’avril et de mai, comparables entre 2020 et 2021, Thierry Millon, directeur des études pour le cabinet Altares, spécialisé dans l’information sur les entreprises, note cependant une reprise des défaillances dans les petits commerces alimentaires de proximité (épiceries), alors que quatre types d’activité sont particulièrement épargnés (équipement du foyer, sports et loisirs, optique et habillement). La restauration n’a, quant à elle, pas encore amorcé de reprise de défaillances, puisque les établissements étaient fermés et aidés jusqu’à la réouverture des terrasses le 19 mai.

« Sans redouter le pire, la situation va naturellement commencer à s’inverser ; je ne pense pas que nous ayons à risquer un mur des faillites. Nous avons une situation qui reste sous contrôle, détaille M. Millon. Je ne pense pas qu’elles seront moins nombreuses, mais que les défaillances vont s’étaler dans le temps. La consommation des ménages, qui est évidemment le nerf de la reprise, ne sera peut-être pas au rendez-vous sur chacune des activités et, a fortiori, sur chacune des entreprises », précise-t-il.

Reste à savoir si le retrait progressif des aides et les nouvelles habitudes de consommation, notamment les achats en ligne, permettront aux commerces de sortir de cette situation artificielle à moindres frais.


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