Economie

A la ferme XXL de la Motte de Talcy, « sans les saisonniers Bulgares, pas de bio »

La ferme de la Motte produit 30 000 tonnes par an de pommes de terre et de condiments pour la grande distribution. Ici, en juin 2013.

Salopette bleue et pommettes roses, Vasil s’avance, sa sarcleuse en main. Il observe l’horizon, puis sourit : « Il y a beaucoup de travail ! Nous sommes là trente jours. Après, nous allons à Sancerre [dans le Cher]. Puis en Grèce, en Italie ou au Portugal, on verra. » Avec une cinquantaine de camarades, hommes et femmes, oncles et cousines, il a fait le voyage de Bulgarie pour redonner de l’allure à un vaste champ d’oignons bio recouvert d’herbes folles après deux semaines de pluie.

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Ce champ fait partie des 1 300 hectares exploités par la ferme de la Motte, installée à Talcy (Loir-et-Cher), devenue une institution en Beauce ligérienne, aussi célèbre que ce château du XVIe siècle à deux pas. La raison de sa notoriété : la ferme et ses 30 000 tonnes de production annuelle alimentent toutes les grandes surfaces françaises de ses pommes de terre bio ou de ses condiments (oignon, ail, échalote) en culture conventionnelle ou biologique, sous les marques des différentes enseignes.

« Le bio, c’est à présent 60 % de notre chiffre d’affaires pour seulement 35 % de nos volumes, se félicite Bertrand Lemaire qui gère la ferme avec ses deux frères et deux de ses cousins. Il y a encore quatre ans, on ne faisait pas d’oignon rouge car il n’y avait pas de variété résistante à nos aléas météo. On achetait notre bio en Hollande, en Espagne, en Italie et on le revendait. Cette année, toutes nos gammes de produits poussent à 75 % en France, c’est quand même énorme ! »

Pas de main-d’œuvre locale

Plantation, désherbage, récolte, épluchage, nettoyage, séchage, conditionnement, vente, stockage ou chargement des camions rythment les journées de cette ferme-usine, aux 300 salariés, sans compter les saisonniers, des Bulgares donc, « hébergés ici, payés au smic, en salaire français », insiste M. Lemaire qui se désole de ne plus trouver de main-d’œuvre agricole locale. « Je suis aussi allé dans les ZUP d’Orléans et Châteaudun pour recruter. Mais personne ne veut travailler un samedi pour ramasser des échalotes, quelle que soit la paie. Dans le bio, il faut beaucoup plus de monde que dans le conventionnel et à des jours précis, sinon tu ne ramasses rien. Sans Bulgares, pas de bio. »

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Impressionné par une récente visite, François Bonneau, le président PS de la région Centre-Val de Loire et candidat à sa réélection, reconnaît une ferme « complémentaire des petites exploitations en circuit court et à l’effet levier : elle accélère la transition écologique, en incitant les agriculteurs beaucerons tout autour à s’y mettre ». Lesquels se voient offrir des contrats de trois ans, à volumes et prix fixes, pour alimenter les commandes en bio de la Ferme de la Motte. Soixante-dix ont déjà signé.

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