Economie

« L’aventure boursière est au coin du clic, et l’hallucination collective fréquente les salles obscures »

Pertes et profits. Il fut un temps où les actionnaires fidèles étaient récompensés, à l’occasion des assemblées générales annuelles, par un petit cadeau : un joli cendrier, une bonne bouteille, un gadget électronique. Une attention commentée autour du buffet de clôture. A l’heure des réseaux sociaux, la chaîne de cinéma AMC, l’une des plus importante des Etats-Unis, a choisi le… pop-corn et les séances spéciales pour remercier ses petits porteurs. L’initiative a été applaudie sur le réseau Reddit, repaire des traders individuels. Et cela fera beaucoup de pop-corn à produire, puisqu’ils sont désormais plus de 3 millions à avoir placé leurs économies dans le roi des salles obscures.

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Après avoir porté au firmament boursier le distributeur de jeux vidéo GameStop, ils se sont entichés encore plus fortement de cette entreprise aussi populaire que malade. Les confinements successifs l’ont mise à genoux. Avec 5 milliards de dollars de dette (4,1 milliards d’euros) et 126 millions de capitalisation boursière, la société était au bord de la banqueroute en 2020. Mais les justiciers de la Toile ont décidé de la sauver. Depuis le début de 2021, son titre, massacré et donc hautement spéculatif, a été intégré à la catégorie des Meme Stocks, ces actions de sociétés en détresse, comme GameStop, BlackBerry, Koss ou AMC, sur lesquels on peut tenter de beaux coups spéculatifs.

Rêve d’un Internet révolutionnaire

Le cours a doucement monté, de 2 dollars début janvier à 10 dollars en avril, puis 20 dollars fin mai, pour finir à 64 dollars, mercredi 2 juin – plus de 3 000 % d’augmentation en six mois. La dernière accélération a été provoquée quand les boursicoteurs ont appris que le fonds spéculatif Mudrick Capital avait souscrit seul une augmentation de capital éclair de 230 millions de dollars de la part de l’entreprise et avait, le jour même, revendu ces actions sur le marché avec un bénéfice non communiqué, mais plantureux. L’activité est si intense qu’elle affecte les indices boursiers. L’entreprise est toujours moribonde, mais elle vaut près de 30 milliards de dollars.

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L’aventure boursière est au coin du clic, et l’hallucination collective fréquente les salles obscures. Cette frénésie rappelle l’engouement des valeurs Internet en 2000, lorsque le simple suffixe « . com » valait des milliards en Bourse. Le rêve d’un Internet révolutionnaire, qui s’est réalisé une décennie plus tard, a échoué sur les réalités économiques et provoqué une récession majeure. La bulle d’aujourd’hui n’est même pas assise sur un rêve technologique, mais sur le pouvoir de la multitude des individus en réseau et sur l’argent gratuit fournit par les banques centrales et qui alimente toutes les folies boursières. Mais qui aura l’audace, suicidaire, de retirer la perfusion ?


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