Economie

Comment le « quoi qu’il en coûte », et les milliards d’euros dépensés depuis un an, ont neutralisé les oppositions politiques

Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances, et Emmanuel Macron, à Paris, en octobre 2020.

« Il n’y a pas d’argent magique », assurait Emmanuel Macron en avril 2018 à une infirmière du CHU de Rouen qui demandait des moyens pour l’hôpital. Trois ans plus tard, non seulement cet « argent magique » est devenu réalité avec le « quoi qu’il en coûte », irriguant des pans entiers d’une économie meurtrie par la crise sanitaire. Mais il a produit un autre effet inattendu sur le paysage politique : il a neutralisé le débat, laissant les oppositions atones au sujet de la politique économique.

De fait, pas une voix, ou presque, ne s’est élevée pour questionner les milliards dépensés depuis près d’un an et demi – ni à droite ni à gauche, pas davantage du côté des syndicats ou du patronat. Si certains économistes se sont interrogés sur la nature des mesures d’urgence, leur ciblage, l’ampleur des sommes engagées – au total, plus de 170 milliards d’euros en comptant le budget rectificatif qui arrivera dans l’Hémicycle à la mi-juin –, les politiques sont restés, dans l’ensemble, silencieux.

Dans le même temps, la formule « quoi qu’il en coûte » s’est installée dans le paysage – elle a été reprise dans les médias en moyenne plus de 1 000 fois par mois, depuis qu’elle a été prononcée par le chef de l’Etat en mars 2020, selon l’agence Kantar.

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« La gauche est emmerdée, admet la politologue Chloé Morin, spécialiste de l’opinion et conseillère à Matignon sous François Hollande. C’est la politique qu’elle aurait menée si elle avait été en position de le faire. » Même embarras à droite, plus prompte traditionnellement à critiquer l’excès de dépenses publiques. Alors qu’approchent les élections régionales, les têtes de liste Les Républicains (LR) ne se hasardent pas à attaquer l’exécutif sur le terrain économique. « On ne pouvait pas faire autrement », concède aujourd’hui l’ancien ministre Eric Woerth, président (LR) de la commission des finances de l’Assemblée nationale.

Outil politique

Même le Rassemblement national, qui avait développé un volet social dans son programme économique en 2017, semble incapable d’articuler une critique, préférant se concentrer sur la question de la dette. Seul Laurent Wauquiez, président (LR) de la région Auvergne-Rhône-Alpes, voit dans le « quoi qu’il en coûte » une « profonde erreur ». « Chaque euro est sacré et doit être pesé », rappelait-il au JDD en mars. « Il fallait mettre de l’argent, oui. Mais le gaspiller, ce n’est pas pareil. (…) Quand, au sommet de l’Etat, on dit “c’est caisse ouverte”, les résultats ne peuvent être que catastrophiques. »

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