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“C’était une dinguerie”, raconte Jérôme Lavrilleux, ancien directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy


Jérôme Lavrilleux est l’autre visage médiatique de l’affaire Bygmalion. Celui qui, le 26 mai 2014, reconnaissait la larme à l’œil et en direct sur BFMTV que “des factures présentées à l’UMP correspondaient à des dépenses faites pour la campagne”. Il reconnaît l’affaire et sa part de responsabilité, mais refuse d’assumer seul. Proche de Jean-François Copé, alors secrétaire général de l’UMP, dont il était le directeur de cabinet, Jérôme Lavrilleux est également un ami de Bastien Millot, le président de Bygmalion. Pendant la course à la présidentielle de 2012, il occupait aussi la fonction de directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy.

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La présidente du tribunal l’interroge jeudi 3 juin après avoir entendu depuis le début de la semaine les ex-cadres de Bygmalion et responsables de l’UMP qui, eux, nient tous avoir participé ou même avoir seulement eu connaissance des fausses factures. On s’attendait donc enfin à des révélations, des détails de ce point de vue. Ce sera assez décevant.

Pas de révélation, mais beaucoup d’amertume dans les propos de cet homme. La colère et le ressentiment ont remplacé les larmes. Jérôme Lavrilleux assure que c’est après le deuxième tour, au moment de clôturer les comptes, que la fraude a été mise au point, ce système de fausses conventions facturées à l’UMP pour dissimuler le dépassement des plafonds de dépenses autorisées.

La présidente le titille, fait projeter une fausse facture de cinq millions d’euros paraphée de sa main dès le mois d’avril. Elle ne cache pas ses doutes sur sa version, car de nombreux éléments et témoignages dans le dossier laissent penser plutôt que c’est dès la mi-mars, en pleine campagne, que la fraude a été décidée. Jérôme Lavrilleux persiste : “Mais la vérité, c’est que tout a été paraphé, antidaté à la fin pour que tout colle. Mais bon, j’ai bien compris que le Journal officiel, c’est pas ça. Alors écoutez, madame la présidente, ils ont raison et moi tort. Et puis c’est tout”, s’énerve-t-il, avant de s’excuser. “Désolé madame, je m’emporte, mon avocat m’avait pourtant dit de rester calme.”

Si Jérôme Lavrilleux, malgré ses emportements, ne met personne directement en cause pour la fraude à laquelle il reconnaît avoir participé, il dénonce en revanche sans retenue l’irresponsabilité de ceux qui donnaient les ordres dans l’organisation de cette campagne dispendieuse. Pour lui, ce qui a obligé les exécutants à mettre au point cette fraude, c’est l’emballement insensé des dépenses et le faste déraisonnable. “C’était une dinguerie”, dit-il. “Moi, je n’ai jamais assisté aux réunions sur les questions financières, mais il y a eu des notes d’alerte envoyées tout en haut de la part des experts comptables, car on allait dans le mur, des notes dont je n’ai jamais été destinataire, malheureusement. Mais exactement dans le même temps, on nous demandait d’accélérer sans cesse la campagne, pour remonter dans les sondages.”

“On nous demandait un meeting par jour. C’était fou.”

Jérôme Lavrilleux

à l’audience

La présidente le coupe : “Vous dites ‘on nous demandait’, mais qui est ‘on’ ?”. Jérôme Lavrilleux marque un silence : “Le candidat, enfin, le président de la République. Forcément, c’est lui qui définissait la stratégie.” Nicolas Sarkozy n’est pas à l’audience pour l’entendre. Il n’a encore assisté à aucune journée de ce procès, entamé le 20 mai. Jérôme Lavrilleux poursuit : “On a tous été baignés dans l’exaltation de la campagne, à voir toujours plus grand, mais après la défaite, se souvient-il, là tout le monde a quitté le navire. Il ne restait plus que les ploucs de service pour assumer, signer les factures.” Il termine : “Maintenant, certains veulent faire porter le chapeau à quelqu’un et on dirait bien que pour eux, j’ai une tête à chapeau.”




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