Economie

A Wall Street, la « génération pandémie » est à bout de souffle

C’est sur Twitter que l’alerte a été lancée au mois de mars. Treize jeunes banquiers de Goldman Sachs étaient au bord de la crise de nerfs. Depuis le début de l’année, ils travaillaient en moyenne 98 heures par semaine, dormaient 5 heures et ne se couchaient pas avant 3 heures du matin.

Les juniors ont imité une présentation à la Goldman Sachs, pleine de statistiques. Sur une échelle de 1 à 10, ils ont auto-évalué leur santé mentale à 2,8 ; leur bien-être physique à 2,3 ; et ont finalement estimé leur degré de satisfaction au travail à 2. « A un certain moment, je ne mangeais plus, je ne me douchais plus, je ne faisais rien d’autre que travailler », témoigne l’un d’eux sous le couvert de l’anonymat. « J’ai connu l’orphelinat, dit un autre, c’est pire. » « C’est inhumain », ajoute un collègue, tandis que son camarade de souffrance avoue avoir des « idées sombres ».

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La complainte des débutants de Wall Street n’est pas nouvelle. Pour de nombreux observateurs des prestigieuses institutions financières de la place, elle rappelle le drame de 2013, lorsqu’un jeune stagiaire de Merrill Lynch à Londres, âgé de 21 ans, est mort d’épuisement.

« Finie la camaraderie »

Huit ans plus tard, rien n’aurait changé ? « Le Covid leur a donné encore plus de travail », affirme Daniel Beunza Ibanez, professeur de l’école de commerce de la City University of London. Cet expert en finances suit l’évolution du métier depuis plusieurs années. En pleine crise, les banques n’ont pas embauché et en demandent toujours plus aux débutants, censés préparer les dossiers de fusions-acquisitions ou d’introductions en Bourse… de leurs supérieurs.

Cette part du travail préliminaire n’a cessé d’augmenter. « Le banquier expérimenté s’est retrouvé à la maison. Plus de voyage, plus de bureau, raconte Karen Ho, anthropologue de l’université du Minnesota. Que faire de son temps libre ? Utiliser son [fichier rotatif] Rolodex, enchaîner les réunions sur Zoom et proposer de nouvelles affaires à ses clients. » Les petites mains qui interviennent en amont ont dû assurer depuis chez elles et réagir vite quand leur chef ou le client a réclamé des éclaircissements. D’où le supplément de travail, sans les à-côtés d’autrefois, qui rendaient la besogne plus acceptable. « Finies les soirées avec le patron quand un dossier se referme, les taxis gratuits, les sorties golf, la camaraderie entre jeunes banquiers », détaille M. Beunza Ibanez.

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