Economie

« La fin de l’ère pétrolière est enclenchée et ira plus vite que prévu »

Quand il est modéré, les Américains l’appellent headwind, le vent de face qui contraint à louvoyer pour avancer. Quand il est furieux, c’est la tempête qui balaie tout sur son passage. Il ne sert plus à rien d’avancer, mieux vaut changer de route. Il est très important de ne pas les confondre. Exxon, le géant pétrolier américain ne l’a pas compris, témoin le camouflet spectaculaire qu’il a subi mercredi 26 mai. A l’occasion de son assemblée générale, une majorité d’actionnaires a voté pour la nomination d’activistes climatiques au conseil d’administration. Ce n’est plus Greenpeace qui œuvrait dans la coulisse, mais toute la finance mondiale, de BlackRock à CalPERS, qui estime que Exxon doit changer en profondeur, avant que sa valeur ne s’effondre.

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Ce tremblement de terre est intervenu le jour même où la compagnie Shell essuyait un revers cinglant de la part de la justice des Pays-Bas, qui entend la contraindre à renforcer ses objectifs de réduction d’émission de CO2. Voilà qui alimentera les conversations des grands pays producteurs de pétrole réunis dans le cadre de l’OPEP + (avec la Russie) à partir de ce mardi 1er juin. Pour eux, les déboires de leurs partenaires occidentaux apportent à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle.

La demande repart, les majors sont désormais bridées

La bonne nouvelle est que la critique qui s’abat sur Exxon, Chevron, Shell, BP ou Total va contraindre les cinq grandes majors mondiales à revoir à la baisse leurs prévisions d’investissement en recherche et production sur les années à venir, au moment même où la demande de pétrole et de gaz repart avec la reprise économique de l’après-confinement. Plus radicale encore que la finance américaine, l’Agence internationale de l’énergie conseille même aux compagnies de stopper, dès à présent, tout nouvel investissement dans les énergies fossiles si elles veulent respecter les promesses de l’accord de Paris en matière de limitation du réchauffement de la planète. Pas vraiment le projet d’Exxon, qui envisage d’investir 20 milliards de dollars (16,3 milliards d’euros) sur cinq ans dans ce domaine, contre seulement trois pour la réduction des émissions.

La demande repart, les majors sont désormais bridées, ainsi que leurs pays producteurs comme les Etats-Unis ou le Canada. Conséquence, les prix continueront de grimper et ce sera tout bénéfice pour les compagnies nationales d’Arabie saoudite, du Nigeria ou de Russie, qui représentent plus de la moitié du marché mondial et sont beaucoup moins sensibles aux critiques de la finance et de la justice occidentales.

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