Economie

Haute résolution, lecture « lossless »… à quoi servent les nouveaux formats musicaux d’Apple Music ?

Les AirPods Max seront capables de diffuser de la musique en audio « spatial », mais pas en « lossless ».

Le 1er juin, Apple convertira son catalogue musical dans une qualité supérieure sans renchérir son offre illimitée Apple Music. A quoi servent les améliorations promises, comme la musique sans dégradation (« lossless », littéralement « sans perte ») ou enregistrée en résolution supérieure (« haute résolution »), ainsi que les morceaux au relief sonore amélioré (« audio spatial ») ?

  • « Lossless » : la musique intacte

Pour les puristes à l’oreille exceptionnelle

Jusqu’à présent, Apple a fourni, sur son application Apple Music, des morceaux dans une qualité dégradée dont la réputation auprès de certains audiophiles est passable – ces enregistrements sont amputés d’une partie des détails sonores du morceau d’origine.

A compter du 1er juin, l’intégralité de la discothèque d’Apple sera disponible dans un format audio sans perte d’informations sonores, ou « lossless » : l’ALAC, pour « Apple Lossless Audio Codec ». Contrairement aux habitudes d’Apple, cette amélioration n’est pas payante : l’abonnement illimité reste vendu 10 euros par mois alors que certains concurrents surfacturent cette même amélioration – Amazon a d’ailleurs dû s’aligner sur les tarifs d’Apple dans la précipitation.

A l’écoute, la différence est-elle évidente ? Pas nécessairement. Rappelons qu’Apple n’a jusqu’ici pas opté pour le MP3 et diffuse un format audio concurrent, l’AAC, qui supprime lui aussi des informations sonores, mais de façon plus discrète. Ce format est, de surcroît, compressé sans exagération à 256 kbit/s.

Tout l’espoir des concepteurs de l’AAC était de supprimer uniquement les informations sonores inaudibles, pour gagner de l’espace sans nuire à la qualité sonore perçue. Cet objectif est plutôt tenu selon Justin Bacle, ingénieur du son et responsable de l’audio chez DXOMark, une entreprise française qui évalue les performances des appareils électroniques :

« Très peu d’auditeurs entendent la différence entre l’AAC et la musique sans perte. Les études montrent cependant que certaines oreilles entraînées parviennent occasionnellement à la distinguer. Je ne connais personne qui y parvienne à coup sûr. Pour mon usage personnel, le “lossless” n’est pas un critère d’achat. »

Voilà pourquoi Apple, société qui prend la musique au sérieux, fait confiance au AAC depuis 2007, et lui demeure attachée car elle l’estime quasiment indiscernable de l’ALAC.

A partir du 1er juin, Apple va laisser le choix à l’utilisateur entre activer l’audio sans perte (voir le mode d’emploi ici) ou continuer de faire confiance à l’AAC. Faut-il faire le saut ? Seulement si l’on dispose d’un excellent matériel audio, qu’on a de très hautes exigences, et l’oreille fine. Ce format de fichier n’est en effet pas sans défauts. Il ne fonctionnera pas avec un casque sans fil car le Bluetooth ne peut pas le prendre en charge – la musique sera lue dans une qualité dégradée – ni dans certaines voitures. Les vieux appareils tels que l’iPhone 6 et ses prédécesseurs ne sont pas compatibles. L’incertitude plane en outre sur la compatibilité des smartphones Android.

Plus gênant encore, l’ALAC pèse « beaucoup plus lourd » selon Apple. Les personnes qui écoutent beaucoup de musique à travers la connexion mobile de leur smartphone auront intérêt à surveiller leur consommation de données. Celles qui téléchargent leur musique sur leur smartphone devront probablement élargir sa mémoire. Or chez Apple, la mémoire n’est malheureusement pas extensible : cela pourrait les obliger à opter pour un nouveau smartphone doté d’une mémoire plus importante.

  • Haute résolution : plus de détails sonores ?

Pour les audiophiles fortunés amateurs de jazz et de classique

Apple annonce qu’une partie des morceaux sera désormais disponible sans surcoût en haute résolution. Cette fois-ci, l’idée n’est pas de fournir une musique sans perte de détails sonores : la haute résolution ajoute de nouvelles informations musicales au morceau de musique, présentes dans l’enregistrement d’origine, mais qui étaient auparavant gommées à la conversion pour le grand public.

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Cela fonctionne de deux façons. Des informations sont rajoutées dans les sonorités suraiguës, jusqu’à des fréquences de 96 kHz voire 192 kHz. Puis la précision des écarts de volume sonore est affinée : elle passe de 65 000 paliers (16 bits) à 16 millions de paliers (24 bits) de volume – un peu comme si l’on remplaçait des grosses briques de lego par des briques beaucoup plus fines.

En 2015, nous avions fait passer un test à des professionnels de la musique pour vérifier qu’ils distinguaient bien la différence entre haute résolution et résolution normale. Aucun n’y était parvenu. Un résultat qui ne surprend pas Justin Bacle :

« Les études sont encore une fois très claires : très peu de personnes parviennent à faire la différence. Il semble que les suraigus ne changent rien, mais que les variations de volume sonore fassent une petite différence. Cela n’est probablement pas audible sur la plupart des genres musicaux. Quelques rares auditeurs à l’oreille éduquée parviendront parfois à distinguer la différence sur des morceaux de jazz ou de classique, typiquement quand l’ampli est poussé fort et qu’à ce moment-là, l’orchestre joue très bas. »

Pour en avoir le cœur net, nous encourageons les audiophiles passionnés à faire leur propre comparaison en se munissant de titres haute résolution triés sur le volet, d’un lecteur de musique haute qualité, d’un excellent casque Hi-Fi, et d’un logiciel capable de convertir un morceau haute définition en définition ordinaire. Point crucial : un ami devra être présent pour cacher la version qu’il vous fait écouter. Nous avons constaté à plusieurs reprises que notre inclination à l’autosuggestion fait souvent entendre des différences quand l’étiquette haute définition est visible, différences inaudibles quand elle est masquée. Le test devra être répété plusieurs fois sur chaque morceau pour être rigoureux.

Adopter la musique haute résolution n’est pas un choix neutre : les morceaux pèsent encore plus lourd, et tous les appareils ne peuvent pas les lire. En outre, il faut un matériel d’écoute très coûteux pour se donner de vraies chances d’entendre la différence.

  • Dolby Atmos, l’audio spatial

Pour tout le monde, mais pas forcément tout de suite

C’est l’avancée qui parlera le moins aux audiophiles. Mais l’audio spatial est sans doute l’annonce la plus prometteuse d’Apple. « La musique est restée bloquée en stéréo depuis des décennies » regrette Justin Bacle, de DXOMark. « Pourtant, en multipliant les canaux, on peut obtenir de nouvelles impressions auditives étonnantes, comme le prouvent les rares enregistrements disponibles. C’est de loin cette technologie-là qui m’a donné la meilleure impression de redécouvrir des morceaux de musique », un espoir poursuivi par de nombreux audiophiles.

Reste que le catalogue de titres spatialisés sera limité à quelques milliers de morceaux dans un premier temps, selon Apple. Pour en profiter dans les meilleures conditions, il faudra raccorder à une Apple TV 4K un système sonore 5.1, comprenant cinq enceintes et un amplificateur home cinéma, puis lancer l’application Apple Music.

L’audio spatial fonctionnera également sur des appareils moins bien dotés en haut-parleurs, comme les iPhone, iPad et Macbook Pro de dernière génération. Ainsi que sur les casques audio d’Apple et Beats, qui liront automatiquement les morceaux compatibles dans ce format-là. Selon un porte-parole d’Apple, l’audio spatial fonctionnera également sur les autres marques de casques, mais seulement à condition qu’on active cette fonctionnalité dans les options du smartphone.

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Si le communiqué de presse d’Apple insiste beaucoup sur la compatibilité avec les casques audio, reste que ceux-ci sont seulement stéréo, c’est-à-dire dotés de deux haut-parleurs – un pour chaque oreille. Mais avec un tel format, il en faudrait plusieurs par oreille pour restituer la sensation d’espace au mieux.

Pour les casques stéréo, ce sera un logiciel, présent sur l’appareil de lecture, qui donnera l’illusion d’espace sonore par divers artifices de virtualisation 3D. Une technologie dont le résultat demeure incertain, selon Justin Bacle :

« Jusqu’à présent, je n’ai jamais beaucoup apprécié les tentatives de virtualisation : l’amélioration de l’espace sonore était contrebalancée par les défauts sonores rajoutés. Mais je suis curieux d’écouter : Apple lance rarement des technologies sans les avoir peaufinées. Par ailleurs, si j’aime que la musique soit fidèle, je respecte les auditeurs qui accordent plus d’importance à l’effet “waouh”. Et il pourrait être spectaculaire. »

L’audio spatial est la technologie que nous surveillerons le plus attentivement à sa sortie, qui n’interviendra pas le 1er juin comme les autres améliorations promises, mais dans le courant du mois.

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