Economie

Comment Bercy s’est converti dans la douleur à la dépense

Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, avec ses proches conseillers et collaborateurs, à Bercy, le 9 avril 2020.

« Oups. » Dans les couloirs monochromes de Bercy, la réaction est restée policée. Mais les hauts fonctionnaires du puissant ministère de l’économie et des finances se souviendront longtemps de ce moment où Emmanuel Macron a lâché sa petite bombe, le soir de son allocution du 12 mars 2020. « Le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies, quoi qu’il en coûte », l’ont-ils entendu dire, médusés. Crise oblige, nombre d’entre eux étaient encore dans leur bureau du bâtiment Colbert, un œil sur l’écran de télévision. Mais aucun n’avait été prévenu, pas même les directeurs, poids lourds du ministère. « Houston, on a un problème », a ironisé l’un d’eux.

Bien sûr, il y a cette pandémie qui s’étend comme une marée noire sur l’Europe et contraint à fermer les économies les unes après les autres. Mais ce « quoi qu’il en coûte », il va falloir le financer. Le président n’est pas le seul à décider : l’appétit des investisseurs pour la dette française ne se décrète pas. Et, depuis quelques jours, a resurgi le spectre d’une crise de la dette, à l’image de celle qui avait failli faire éclater la zone euro en 2012. « Ce n’était pas du tout certain que les marchés suivraient, se souvient une figure de la maison. On n’aurait pas eu le plan de relance européen et la BCE, on partait dans le décor… »

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Dire que, depuis quinze mois, l’administration du ministère de l’économie et des finances – ce paquebot de cinq hectares installé depuis 1988 en bord de Seine, dans le quartier de Bercy, dans le 12e arrondissement de Paris, fort de ses multiples directions centrales, de ses 5 000 fonctionnaires et de son « hôtel des ministres », où ont pu cohabiter jusqu’à trois ou quatre ministres de plein exercice – vit un cauchemar serait sans doute exagéré. Mais pas complètement faux.

En temps normal, Bercy, c’est le ministère qui dit non, un peu comme dans la chanson. Les visiteurs venus demander de l’argent en repartent le plus souvent déçus. « On va mettre la France en faillite », s’excusent, contrits, les responsables de la direction du budget dans un numéro bien rodé. Les ministres aussi ont leur truc : Bernard Cazeneuve s’arrangeait pour recevoir ses collègues juste avant le déjeuner, misant sur l’hypoglycémie pour l’emporter. D’autres se contentent de les asseoir sous le souffle d’air glacé du climatiseur, histoire d’abréger les supplications.

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