Economie

« Du gouvernement à l’administration en passant par une bonne partie de la presse, tout le monde semble convaincu que la 5G n’a aucun effet sur la santé »

Tribune. En septembre 2020, Cédric O, secrétaire d’Etat au numérique, se voulait rassurant au sujet du déploiement de la 5G. « Il y a eu 28 000 études depuis 1950 dans le monde, il n’a jamais été avéré qu’il y avait des effets sanitaires des ondes téléphoniques en dessous des seuils minimum d’exposition », déclarait-il sur Public Sénat. Sept mois plus tard, le 20 avril, est enfin parue l’étude de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire et alimentaire (Anses) portant sur la 5G, dont les conclusions méritent une attention certaine.

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En effet, tout le monde, du gouvernement à l’administration en passant par une bonne partie de la presse, semblant convaincu que la 5G n’a aucun effet sur la santé, le rapport de l’Anses a été raboté par les commentaires en quatre mots : « Pas de risques nouveaux. » La substance de l’analyse tenait pourtant… dans les cinq suivants, « au vu des données disponibles ». Pour une fois qu’un message nuancé tenait dans un tweet, il est dommage que tant de relais d’opinion soient tombés dans le panneau.

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Alors que dit au juste l’étude de l’Anses au sujet des fréquences (3,4 Ghz à 3,8 GHz) vendues par l’Etat français aux opérateurs télécom en décembre 2020 ? Tout d’abord que « très peu d’études ont été publiées sur les effets physiologiques ou biologiques d’un signal de fréquence 3,5 GHz, que ce soit chez l’homme, in vivo chez l’animal ou encore in vitro. Cinq études ont été répertoriées dans des domaines très différents » (p. 142). Au fil des résumés de chacune de ces cinq études, l’Anses montre que deux d’entre elles ne sont pas recevables pour cause d’insuffisance méthodologique (Wu et al. 2011 ; Mumtaz et al. 2020) et qu’une troisième présente des limites de procédé expérimental car l’échantillon de test ne comprend que quatre individus (Geyikoglu et al. 2019). Finalement, seules deux études sont considérées comme recevables. L’Anses conclut donc que, « dans cette gamme de fréquences, les données sont insuffisantes pour conclure à l’existence ou non d’un effet biologique, physiologique, voire pathologique qui pourrait avoir un impact sur la santé humaine » (p. 147).

Impossibilité d’extrapoler

Pour tenter de contourner l’impossibilité de conclure, l’Anses évalue ensuite la pertinence d’une méthode qui consisterait à extrapoler les résultats d’études portant sur des fréquences proches mais inférieures à 3,5 GHz : « Cette approche vise à répondre à une question précise : étant donné que très peu d’études concernant les bandes 700 MHz et 3,5 GHz spécifiquement sont disponibles, est-il possible d’utiliser les résultats des études antérieures obtenus à des fréquences proches ? ». L’Anses trouve ainsi que « l’augmentation de la fréquence semble entraîner, souvent, une augmentation de l’effet » sur les molécules (p. 155), tandis que « trois papiers sur six montrent un effet de la fréquence » sur les comportements animaux, et quatre études sur dix montrent un effet sur l’homme. La conclusion de l’Anses est claire : « Il ne paraît pas possible, à l’heure actuelle, d’extrapoler des résultats d’études scientifiques à des fréquences différentes, même proches, pour en tirer des conclusions sur les effets biologiques, physiologiques et a fortiori sanitaires éventuels dans la bande 3,5 GHz ». Au passage, cela signifie aussi que les 28 000 études sur les ondes téléphoniques invoquées par les promoteurs de la 5G et censées démontrer l’innocuité de celle-ci ne prouvent rien du tout, puisque l’extrapolation n’est pas possible.

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