Auto-Moto

Quel avenir pour les W Series ? L’interview de la patronne, Catherine Bond Muir

Vous avez eu une première carrière comme avocate d’affaires. Comment êtes-vous devenue patronne d’une compétition automobile ?


J’ai eu mon premier et unique fils à 45 ans. Quand vous avez un enfant à cet âge, il n’y a rien de plus important à vos yeux : j’ai donc arrêté de travailler. Pendant deux ans, j’ai réfléchi à ce que je souhaitais faire. Je voulais dépasser mon rôle de conseil et tenter une aventure d’entrepreneuse. Un jour, par hasard,
en discutant avec quelques amis, ils m’ont demandé pourquoi
il n’existait pas de compétition de monoplaces réservée aux femmes. Je me suis dit que c’était une idée fantastique. Puis,
j’ai pensé que c’était une mauvaise chose, femmes et hommes pouvant déjà courir ensemble. J’ai fait davantage de recherches et constaté que le nombre de femmes engagées dans les championnats majeurs du sport auto était en recul sur huit ans, alors même que l’intérêt pour le foot ou le rugby féminin progresse. Cette simple statistique justifiait donc l’existence de cette compétition.

Pour lancer ce projet, il a fallu trouver de l’argent et les bonnes personnes…

Les gens de la finance ont vite compris ce que j’entendais faire, car ils connaissaient mon passé. Mais il est très difficile de lever des fonds avec une simple idée et j’avais besoin de 20 millions de livres sterling (environ 23 millions d’euros, ndlr.) pour démarrer. Il m’a fallu deux ans pour trouver ces fonds. Par ailleurs, j’ai vite compris que le monde du sport automobile était très fermé. Il se trouve que j’avais connu David Coulthard quand nous étions plus jeunes et il a été séduit par l’idée. Il m’a aussi présenté Sean Wadsworth (patron d’un cabinet de recrutement et soutien majeur du championnat, ndlr.). Nous travaillons ensemble et il est toujours président exécutif et actionnaire majeur. David m’a aussi présenté Dave Ryan, notre directeur compétition, ou Matt Bishop qui est devenu par la suite notre directeur de la communication.

La première saison des W Series a eu lieu en 2019. Quel a été le moment le plus fort ?


Évidemment, lorsque j’ai vu les voitures arriver sur la grille de départ, pour la première course, à Hockenheim (Allemagne).
À ce moment, je me suis dit : “Il m’a fallu trois ans et demi de travail très difficile, mais je l’ai fait !” Mais celui dont je suis le plus fier, c’est la dernière manche à Brands Hatch (Royaume-Uni). Des milliers de spectateurs sont spécialement venus voir notre compétition, visiter notre paddock. Je voyais des petites filles portant les couleurs du championnat et des gens sont venus spontanément me remercier.

Au printemps 2020, vous avez décidé de repousser d’un an la saison 2 des W Series en raison du contexte sanitaire. Etait-ce la bonne décision ?

Oui, pour deux raisons principales. Premièrement, nous sommes un championnat très jeune. Nous limiter à des courses à huis-clos dans un ou deux pays – Royaume-Uni et Allemagne, par exemple – n’aurait pas aidé notre image ni permis de susciter l’atmosphère de fête que nous voulions. Deuxièmement, nous sommes une toute petite équipe, qui travaille à 100 000
à l’heure. En tant que patronne, on perd vite de vue les grands sujets stratégiques pour gérer l’opérationnel. Durant cette période de recul, nous avons notamment réussi à signer l’accord avec la Formule 1.

Photo : Drew Gibson / W Series

Les huit manches de la saison 2021 se disputeront en lever
de rideau de la Formule 1. Comment avez-vous décroché cet accord ?

J’avais écrit cela dans mon business plan, mais je n’aurais jamais pensé que cela arriverait dès notre deuxième saison ! Cela souligne le professionnalisme de l’équipe, démontré par la saison 1. Nous étions déjà convenus, avec Liberty Media, de réaliser deux courses dans le cadre des Grand Prix en 2020. Cette conversation s’est développée à partir de là. La Formule 1 court désormais sous la bannière “We race as one”. Cela inclut la diversité sous toutes ses formes, y compris l’accessibilité aux femmes. Ces dernières années, les écuries ont fait un travail fantastique en engageant davantage de femmes comme mécaniciennes ou ingénieures. Mais il y en a encore très peu au volant en F2 ou F3…

Contrairement à d’autres disciplines, les pilotes engagées en W Series n’apportent pas de budget. Ce modèle est-il viable ?

A mes yeux, cette compétition a deux piliers. D’abord, toutes les voitures sont identiques. Ensuite, ceci est un championnat où l’entrée se fait librement (les pilotes font l’objet d’une sélection, ndlr.). J’entends protéger ces deux piliers aussi longtemps que possible. A ce jour, notre objectif est vraiment de promouvoir les meilleurs pilotes.

Est-ce que cet accord avec la F1 va faciliter votre tâche ?

Les sponsors adhèrent aux W Series en raison de leur mission. Mais bien évidemment, la F1 nous donne une plateforme bien plus vaste amplifie notre message.

Allez-vous modifier le format des courses ? 

Non, nous allons rester sur le format 30 minutes + 1 tour. Lorsque nous avons défini les fondamentaux de ce championnat, nos études prouvaient qu’un format court était à privilégier pour toucher les plus jeunes générations.

A quel moment aurez-vous la sensation que les W Series auront rempli leur mission ?

Mon mari vous dira que je ne suis jamais satisfaite de ce que je fais. Mais si l’on parle sport auto, et de l’impact des W Series, je serai une personne très heureuse si je vois une vraie progression du nombre de femmes dans toutes les disciplines des sports mécaniques. Et aussi quand une part importante de femme occupe des baquets en F1, F2, F3 après avoir fait un passage en W Series.

Que manque-t-il aujourd’hui aux sports mécaniques pour atteindre davantage de parité ?


Je pense que nous avons besoin de voir davantage de pilotes femmes dans les compétitions locales et nationales. Certes,
le fait que les femmes n’aient pas réussi en sport auto n’est pas qu’une question de nombre. Mais il est certain qu’on ne réussira pas si l’on ne voit pas davantage de femmes débuter plus jeunes dans ces disciplines.

Propos recueillis par Andy David

Les W Series en bref

Le championnat a été lancé en 2019 avec 6 manches d’une trentaine de minutes, en tandem avec le championnat allemand des voitures de tourisme (DTM). Toutes les monoplaces sont identiques (châssis Taatus aux normes F3, moteur
1.8 litre Alfa Romeo de 270 ch) et exploitées par l’écurie Hitech Grand Prix.
18 pilotes sont sélectionnées après une série de tests en début de saison. Elles n’apportent pas de budget. Le lancement du championnat a réclamé environ
 25 millions d’euros. Championne en 2019, la Britannique Jamie Chadwick (22 ans) est désormais pilote de développement de l’écurie Williams en F1. Elle participera à la saison 2021 des W Series.

A lire sur auto-moto.com : 

Les secrets de la nouvelle Toyota GR010

F1 – Premier tour embarqué à Miami – VIDEO

F1 – Arabie Saoudite : premier tour embarqué du circuit de Jeddah


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page