Economie

partie de poker menteur dans le monde de l’audiovisuel

Le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, lors de la 46e cérémonie des Césars, à Paris, le 12 mars.

Marchandage, coup de com’, coup de bluff. Depuis des mois, le monde de l’audiovisuel et du cinéma renégocie son cadre réglementaire, dans la perspective de l’arrivée de Netflix, Amazon Prime Video et consorts dans l’exception culturelle française.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Canal+ menace de quitter la TNT pour devenir une plate-forme

A la faveur d’un décret SMAD (services de médias audiovisuels à la demande) adaptant la directive européenne et qui doit rentrer en vigueur le 1er juillet 2022, les géants américains du streaming contribueront à hauteur de 20 % à 25 % de leur chiffre d’affaires à la production audiovisuelle et cinématographique française. D’ici là, le gouvernement a souhaité revoir d’autres dispositifs : le décret TNT, qui définit le cadre juridique entre les chaînes et les producteurs, et la chronologie des médias, qui fixe les délais de diffusion des films après leur sortie en salle et en fonction des supports.

Lire l’enquête : Canal+ : Maxime Saada, le « Monsieur Loyal » de Vincent Bolloré

Maxime Saada, le président du directoire de Canal+, a posé ses conditions, dans un entretien au Figaro, le 26 mai. Il souhaite pouvoir mettre à l’antenne « les films dès la fin de leur exploitation en salle, soit trois à quatre mois après leur sortie », contre six à huit mois aujourd’hui. Et ce, afin de conserver une large avance sur Netflix, Amazon ou Disney, qui pourraient, selon lui, avancer leur fenêtre de diffusion de trente-six à douze mois.

« C’est le système Bolloré »

Dans le cas contraire, menace M. Saada, il romprait ses accords avec le cinéma, et opterait pour le régime des plates-formes américaines. « C’est le système Bolloré : je tape un grand coup sur la table pour obtenir quelque chose », mais « ces menaces, c’est du vent », s’insurge Pascal Rogard, directeur général de la ­Société des auteurs et compositeurs dramatiques.

De fait, en devenant une plate-forme, Canal+ devrait porter à 20 % sa contribution à l’audiovisuel et au cinéma, contre 16,1 % aujourd’hui. Pis, son taux de TVA – dont il se plaint déjà régulièrement – passerait de 10 % à 20 %. Enfin, le groupe n’aurait plus accès aux films Disney avant Disney +. « Je dis clairement à Maxime Saada : bienvenue dans le monde enchanté des séries ! », ironise M. Rogard.

Lire aussi : Quotas d’œuvres françaises et chronologie des médias, la Commission européenne sensible aux arguments de Netflix

Très affectées par la crise sanitaire, les salles s’opposent avec véhémence au forcing de Canal+. « Cela vampiriserait automatiquement les entrées en salle. C’est inenvisageable », commente Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas français. La sortie de M. Saada était programmée le jour où Canal+ avait son rendez-vous semestriel avec les représentants de la production. Or, la filiale de Vivendi n’est pas le partenaire le plus vertueux et accumule les retards dans ses obligations. Rien qu’en 2019, ils se montaient à 30 millions d’euros, selon le Conseil supérieur de l’audiovisuel. « Au moment où des obligations sont imposées aux plates-formes, il ne faut pas qu’elles aient l’exemple d’un groupe français qui ne s’y conforme pas », estime Olivier Zegna Rata, délégué général du Syndicat des producteurs indépendants.

Il vous reste 39.19% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page