Economie

Cuivre, fer, coton… L’envolée inédite des cours des matières premières

Un salarié d’Atlantec Technologies travaille sur une plaque de cuivre, nécessaire à la fabrication de circuits imprimés, à Malville, près de Nantes, le 11 mai 2021.

Le mois de mai restera gravé dans les annales économiques. A cette date, les cours du cuivre et du fer ont battu, à tour de rôle, leur record historique respectif. Le métal rouge a dépassé la barre symbolique des 10 000 dollars (8 167 euros) la tonne sur le London Metal Exchange (LME), en début de mois. Quelques jours plus tard, la tonne de minerai de fer se négociait au plus haut, à 230 dollars la tonne sur le marché à terme de Singapour. « Un prix ridicule », se sont exclamés certains analystes, commentant cette flambée.

« Nous vivons une période extraordinaire », affirme, pour sa part, Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique à l’université Paris-Dauphine et coauteur du rapport annuel Cyclope, consacré aux marchés mondiaux des ressources naturelles, publié mercredi 26 mai. Dans l’avant-propos de la 35e édition de cet ouvrage qu’il codirige, M. Chalmin persiste et signe.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Pour les matières premières, l’année commence en fanfare après un repli de 19 % en 2020

Alors que des banques comme Goldman Sachs n’hésitent pas à voir dans cette envolée des cours les prémices d’un « super cycle » des matières premières, il réfute cette hypothèse. « Il n’en est probablement rien, même si en ce début de 2021 le rebond des marchés mondiaux de matières premières et de commodités est incontestable. Son ampleur nous a tous surpris. Du bois d’œuvre au minerai de fer, en passant par le maïs, le soja, sans oublier le cuivre, l’étain et le palladium, produits industriels comme agricoles atteignent des niveaux de prix record. Les marchés subissent des tensions comme on n’en a rarement connues », estime-t-il.

Rôle crucial des « tensions géopolitiques »

Ce puissant bouillonnement des cours est à mettre en perspective avec la brusque rupture causée par la crise sanitaire. Une crise jamais vue depuis la seconde guerre mondiale. En mars et avril 2020, les matières premières dégringolaient au rythme de la pandémie due au coronavirus. Symbole de cette période inédite où voitures et avions étaient frappés d’immobilité, le prix du pétrole avait même navigué pendant deux jours en territoire négatif. Le cuivre, lui, passait sous la barre des 5 000 dollars la tonne.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les matières premières ont beaucoup souffert de la crise économique due au coronavirus

La remise en route progressive du moteur économique chinois à partir de juin 2020 a donné le signal du rebond des matières premières. L’appétit insatiable de la Chine, alimenté par la politique d’investissement du gouvernement, a rallumé la flamme, propulsant métaux industriels comme matières premières agricoles. Puis, les Etats-Unis ont, à leur tour, ouvert très largement le robinet pour financer un ambitieux plan de relance destiné à sortir l’économie américaine de l’ornière de la crise sanitaire. De quoi ajouter du carburant à la remontée des prix.

La remise en route progressive du moteur économique chinois à partir de juin 2020 avait donné le signal du rebond

L’accélération de la transition énergétique, favorisée par les plans de relance, et les besoins nouveaux qu’elle entraîne en termes de matières premières devenues stratégiques ont contribué à souffler sur les braises des marchés des métaux. Le rapport Cyclope met également en exergue le rôle crucial de « toutes les tensions géopolitiques au cours desquelles les matières premières restent en première ligne, qu’il s’agisse de la construction d’un gazoduc en mer Baltique, du problème nucléaire iranien, des importations chinoises en provenance d’Australie ».

Liquidités injectées par les banques centrales

Les cours des matières premières libellés en dollars ont aussi bénéficié de l’affaiblissement du billet vert. Mais le volume considérable des liquidités injectées par les banques centrales, qui entretient l’essor des matières premières, déconnecte les prix des fondamentaux du marché, ce qui fait gonfler les bulles financières. Cyclope cite en exemple le coton, embarqué dans le sillage de la spéculation, et dont le cours est passé au-dessus de 90 cents la livre en février, alors que les stocks restent pléthoriques.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Le coton pris dans la toile du Covid-19 »

« En toute logique et sauf catastrophe, on devrait assister, après cette phase de rattrapage, à une détente des marchés, fin 2021 ou en 2022 », prédit M. Chalmin. Le gouvernement chinois, inquiet des risques d’inflation, a d’ores et déjà envoyé un message d’avertissement aux spéculateurs. Pour 2021, Cyclope, qui s’est risqué à l’exercice délicat de la prévision, encore plus aléatoire en temps de pandémie, table sur une hausse moyenne de 19 % de son indice constitué de trente-cinq matières premières, après une chute de même ordre en 2020. Avec un prix moyen du baril de Brent estimé à 55 dollars. Il vaut aujourd’hui 68 dollars.


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page