Santé

Pourquoi les vaccins à ARN fonctionnent mieux chez les hommes que chez les femmes


Contrairement à la plupart des vaccins, qui s’avèrent plus efficaces chez les femmes que chez les hommes, les vaccins à ARN comme Pfizer ou Moderna seraient moins opérants chez les sujets de sexe féminin. En cause, les nanoparticules utilisées dans ces vaccins.

Les hommes et les femmes répondent de façon différente aux virus. Les femmes sont moins touchées par les formes graves de la Covid que les hommes (48 % contre 52 %), vu qu’elles développent une réponse immunitaire plus forte. Plusieurs études ont d’ailleurs montré que les femmes produisent plus d’anticorps et plus de cellules CDT cytotoxiques que les hommes face aux vaccins contre la grippe, la rougeole ou la fièvre jaune (voir notre article précédent, ci-dessous). Les femmes connaissent aussi quatre fois plus d’effets secondaires avec le vaccin anti-Covid. Les rares cas de thrombose attribués aux vaccins AstraZeneca et Janssen concernent d’ailleurs majoritairement des femmes. Mais, curieusement, concernant les vaccins à ARN messager comme le Pfizer ou le Moderna, la donne pourrait être inversée, selon Morteza Mahmoudi de l’Université d’État du Michigan.

Des écarts d’efficacité minimes mais significatifs

Les différences sont certes minimes : 95,4 % d’efficacité contre l’infection chez les hommes contre 93,1 % pour les femmes pour Moderna, et 96,4 % d’efficacité chez les hommes contre 93,7 % pour les femmes avec le Pfizer/BioNTech. À grande échelle, cela constitue néanmoins un écart significatif. Alors, comment expliquer ces données en contradiction avec la plupart des vaccins précédents ? La réponse serait à chercher dans la technologie utilisée par les vaccins ARN.

Les nanoparticules lipidiques, vecteurs de l’ARN messager

Ces derniers recourent à des nanoparticules lipidiques, qui servent de vecteurs aux fragments ARN codant pour les protéines de surface du virus. Ces nanoparticules sont indispensables pour protéger l’ARN jusqu’à sa destination, et servent aussi à pénétrer plus facilement dans les cellules. Elles sont sans danger pour la santé, mais elles induiraient une moins bonne réponse des cellules dendritiques chez les femmes, avance Morteza Mahmoudi. Ces cellules, très nombreuses sous la peau et dans le tissu musculaire où est injecté le vaccin, sont chargées de « capturer » les nanoparticules et d’activer la réponse immunitaire adaptative avec notamment la production de lymphocytes T.

Morteza Mahmoudi et son équipe ont ajouté des nanoparticules à base de lipides similaires à celles utilisées dans les vaccins à des échantillons de sang prélevés sur 18 patients, dont huit donneurs masculins et 10 donneurs féminins. « Nous avons constaté que les cellules dendritiques des femmes absorbent moins de nanoparticules que celles des hommes », atteste le chercheur, dont l’étude a été publiée dans la revue Molecular Pharmacology. Cette différence peut toutefois être éliminée en plaçant les nanoparticules dans le plasma d’un donneur. « Les protéines du plasma se lient alors avec les nanoparticules lipidiques, ce qui leur fournit une “enveloppe biologique” et indique aux cellules dendritiques comment réagir », détaille Morteza Mahmoudi. Sauf que, bien évidemment, les vaccins à ARN sont généralement administrés directement.

Hommes et femmes : de multiples différences dans le système immunitaire

Il est néanmoins difficile de faire la part des choses entre tous les effets induits par le sexe dans la réponse immunitaire. De très nombreux facteurs (hormonaux, chromosomiques, physiologiques…) entrent en jeu, sans compter les différences de comportement et la prévalence des maladies chroniques (alimentation, maladies respiratoires et cardiovasculaires, diabète…). Malheureusement, les études manquent cruellement à ce sujet : selon une méta-analyse publiée dans The Lancet, à peine 5 % des études cliniques sur la Covid incluent une ventilation par sexe.

Grippe : le vaccin plus efficace chez les femmes que chez les hommes

Article de Jaloux Chaput publié le 24/12/2013

Les femmes réagissent mieux au vaccin contre la grippe que les hommes. Pourquoi ? Parce que la testostérone limiterait l’efficacité du système immunitaire. Mais quel intérêt évolutif ?

Parmi les inégalités hommes-femmes, il y en a une dont on ne parle pas souvent : l’efficacité du système immunitaire. On sait depuis longtemps que les défenses masculines réagissent moins bien face aux infections bactériennes, virales ou parasitaires. On avait aussi montré que la gent féminine répondait avec plus d’intensité aux vaccins contre la fièvre jaune, la rougeole, ou l’hépatite. À cette liste, on peut désormais ajouter la grippe.

Une étude parue dans Pnas, menée sur 53 femmes et 34 hommes, révèle que ces dames génèrent davantage d’anticorps antigrippaux que leurs homologues masculins. Sauf si ces derniers présentent un taux bas de testostérone. Il n’en fallait pas davantage aux chercheurs, dirigés par Mark Davis de l’université Stanford (Californie), pour imputer cet effet à l’hormone sexuelle mâle.

Les hommes face au danger, les femmes face aux inflammations

Si des recherches précédentes avaient montré que la testostérone détenait des propriétés anti-inflammatoires, liées à une possible interaction avec le système immunitaire, les auteurs pensent plutôt que nos défenses sont refrénées par l’activation d’un groupe de gènes associés à des hauts niveaux de testostérone.

Un paradoxe quand on sait que les hommes sont également plus enclins à prendre des risques… Mais lorsqu’on en arrive au pourquoi, les scientifiques se risquent à une hypothèse qui expliquerait le tout. 

Durant des millénaires, les hommes se chargeaient de la chasse et de la guerre, et s’exposaient davantage aux blessures, donc aux infections, ce qui nécessite de faire régulièrement appel au système immunitaire. Si celui-ci devient trop sensible, alors s’ensuit une réaction excessive qui engendre des réactions inflammatoires qui deviennent gênantes. Lorsqu’on prend des risques donc, il vaut mieux trouver le bon compromis entre efficacité et réactivité pour ne pas non plus souffrir au repos. Les femmes, moins exposées au danger, ont « misé » davantage sur l’efficacité. Mais elles se montrent aujourd’hui plus concernées par les maladies inflammatoires.

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