Economie

« La densification urbaine offre un potentiel limité pour réduire les émissions de gaz à effet de serre »

Vue de Bamako, capitale du Mali

La densité urbaine favorise-t-elle la transmission du virus SARS-CoV-2 ?

Aux Etats-Unis, nos recherches ont montré que le nombre de cas et de décès dus au Covid-19 n’était pas lié à la densité globale des aires métropolitaines, comprise comme le nombre d’habitants de chacune d’entre elles divisé par leur superficie totale. Par contre, à une échelle plus fine, les quartiers ayant une densité plus élevée ont souvent payé un lourd tribut. Mais il est difficile d’établir un lien de causalité direct car d’autres facteurs entrent en compte. Ces quartiers sont également souvent les plus pauvres : l’état de santé préexistant des habitants peut y être moins bon, les services de santé moins nombreux et moins performants, ou bien la proportion de personnes en mesure de télétravailler plus faible, ce qui augmente l’exposition au virus.

Avez-vous identifié d’autres liens entre la morphologie des villes et l’épidémie de Covid-19 ?

Toujours aux Etats-Unis, nous avons trouvé qu’une aire métropolitaine qui a deux fois plus de population qu’une autre enregistre plus du double de cas et de décès dus au Covid-19. Cela confirme l’intuition originale de Geoffrey West dans son ouvrage Scale : The Universal Laws of Growth, Innovation, Sustainability and the Pace of Life in Organisms, Cities, Economies et Companies (Penguin, 2017, non traduit) : plus une ville est grande, plus elle favorise les interactions entre les personnes. Elle est par là même plus productive, mais favorise davantage la diffusion d’un virus.

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Vous êtes un spécialiste de l’expansion territoriale des villes à l’échelle mondiale. Quel est le moteur de ce phénomène aujourd’hui ?

L’étalement urbain mondial est principalement déterminé par la croissance démographique et par celle des revenus. Ces deux facteurs expliquent au moins 80 % des variations de la superficie des villes. Plus ces dernières sont riches, plus elles consomment de terrain par personne pour les logements, les espaces de travail, les routes, les équipements publics… En 2014, l’aire urbaine de Paris avait ainsi la même population que celle de Lagos [la plus grande ville du Nigeria], mais un PIB dix fois supérieur, se traduisant par une superficie trois fois et demie plus grande.

Au cours des trente prochaines années, la population urbaine devrait s’élever à 6,7 milliards de personnes, soit 2,2 milliards de plus qu’aujourd’hui. L’essentiel de cette croissance se fera dans les villes des pays en voie de développement. Compte tenu de la croissance des revenus, il est probable que celles-ci feront plus que doubler leur superficie. Rien qu’en Afrique subsaharienne, le nombre de citadins devrait même tripler, passant de 460 millions en 2020 à 1,26 milliard en 2050. La taille des zones urbaines devrait, quant à elle, y être multipliée par quatre à six.

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